
Elle l’a échappé belle. Elle aurait pu pourtant se sentir en sécurité, ici, au bout du monde ou presque, sur l’île d’Ouessant, dans le Finistère, entre ses murets de pierre sèche, ses côtes découpées, ses plages et ses moutons noirs – ce cliché idéal de nature intouchée, réserve naturelle de biosphère de l’Unesco et projet de conservation Natura 2000. Mais l’abeille noire d’Ouessant a bien failli disparaître de ces terres non cultivées et préservées des pesticides. La race y butine paisiblement depuis qu’un habitant l’a implantée en 1978. Jusqu’à ce que le varroa, minuscule parasite-vampire qui s’infiltre dans la ruche pour piquer les abeilles et décimer toute une colonie en deux ou trois ans, fasse parler de lui. Ce cauchemar des apiculteurs, aujourd’hui présent dans le monde entier, s’est déclaré pour la première fois en France en 1982, mais Ouessant avait été épargnée. Il a débarqué en 2021. « En 2022, nous avons perdu plus de 60 % des colonies de l’île, raconte Jo Héré, président du Conservatoire de l’abeille noire bretonne. Guerlain, qui accompagne notre association de bénévoles depuis quinze ans (1), a financé en urgence le traitement médicamenteux pour se débarrasser du parasite, mais aussi l’achat de ruches neuves et saines pour abriter les survivantes. Aujourd’hui, entre 60 et 70 colonies sont établies sur l’île. Notre but est d’atteindre 100 à 120 colonies d’ici quatre ans. »

Ces pollinisateurs, dont font partie les 20 000 espèces d’abeilles connues, sont essentiels à l’agriculture et au maintien de la biodiversité mondiale : notre survie dépend clairement d’eux. Or les abeilles domestiques et sauvages sont largement menacées dans le monde entier. Chaque abeille qui « survit » représente une victoire, mais pour les experts, l’un des enjeux est de préserver la diversité des espèces. L’association présidée par Jo Héré a pour vocation de conserver la pureté de la race, qui existe depuis des millions d’années. « Ouessant est le seul endroit où l’abeille noire est non hybridée avec d’autres, ce qui est intéressant d’un point de vue scientifique », explique le président. Maintenir ce patrimoine est important pour comprendre comment certaines espèces s’adaptent (ou non) aux changements climatiques. La production de miel n’est pas le but premier de l’association, même si les abeilles qui butinent de la bruyère, des ronces et des fleurs de bord de mer produisent un nectar de très bonne réputation. « Une grande partie est laissée sur place pour qu’elles aient suffisamment de réserves pendant les hivers, rudes sur l’île », précise-t-il.
Guerlain n’achète qu’une portion de la production (largement moins que la moitié). La maison l’utilise pour sa richesse inégalée en polyphénols, acides aminés, vitamines et oligoéléments. Depuis quinze ans, ses laboratoires étudient la capacité du miel à réparer les tissus cutanés, optimisée dans son nouveau Sérum Huile-en-eau Jeunesse Abeille Royale, qui protège plus que jamais la peau contre les effets du temps.
(1) Au-delà de l’île d’Ouessant, la marque a lancé depuis 2011 un large programme de préservation dans le monde entier qui regroupe 15 partenariats. Elle soutient Bees For Life, une plateforme en ligne qui vise à signaler et détruire des colonies de frelons asiatiques (un fléau pour les ruches), mais aussi le Réseau biodiversité pour les abeilles, afin de protéger les ressources alimentaires des pollinisateurs. Depuis cinq ans, le programme Women For Bees, en partenariat avec l’Unesco, a également permis la formation de 220 apicultrices dans le monde.
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