
Il serait nomade, aurait une texture sans eau qui deviendrait liquide à l’application. Il serait bien sûr intégralement biodégradable et doté d’un emballage beau et écoconçu. Ce produit n’existe pas encore, mais les laboratoires travaillent depuis longtemps sur toutes ces pistes.
C’est Chanel qui change la donne en 2015, en intégrant une technologie microfluidique à sa ligne Hydra Beauty. Les chercheurs repensent alors le principe de l’émulsion hydratante « avec des micros bulles qui, au contact de la peau, libérent des nanogouttes d’huile de camélia blanc, cette fleur qui sait garder ses pétales veloutés, même dans des environnements rudes, décrypte Armelle Souraud, la directrice de la communication scientifique de Chanel. C’est lidée de la goutte d’huile dans un sérum, comme le font les Asiatiques, mais avec une technologie avancée, bien plus efficace qu’un système d’encapsulation classique. »
Alors que Chanel repense l’émulsion, d’autres repensent la base aqueuse elle même : l’eau. Certains laboratoires se délaisse désormais de l’eau distillée classique pour se tourner vers des eaux de d’origines végétales provenant par exemple de roses ou de bouleaux. Naturellement chargées en minéraux, ces eaux permettent une hydratation plus nourrissante, alors des marques comme IUM Paris sont séduites par ces possibilités et assument le pari des hydrolats végétaux.
Pendant ce temps, en Corée, où l’apparence de l’épiderme est une norme sociale autant qu’un miroir de son état intérieur, l’hydratation est littéralement un art de vivre. La version cutanée de la cérémonie du thé. D’où une très grande inventivité en termes de concepts cosmétiques et de textures rupturistes. La routine pour obtenir une « mochi skin », moelleuse et soyeuse, ou une « glass skin », surhydratée et lumineuse comme de la porcelaine, associe près d’une dizaine de produits (patchs imbibés d’essence, lotion humectante, sérums osmotiques, crèmes et gels sensoriels), accompagnés d’outils de facialiste (rouleaux de massage, diffuseurs de brume ionique, globes glacés, lampes LED). De façon générale, en Asie, beaucoup de maisons se concentrenent uniquement sur l’hydratation, mais avec des galéniques sophistiquées. C’est le cas de Curél, marque culte au Japon, dont les soins agissent sur la barrière cutanée et le microbiome.
« L’hydratation du futur sera ultrapersonnalisée et intelligente»
Lagom, brise les sempiternelles catégories peaux sèche/grasse/mixte/sensible avec douze formules avancées aux textures etonnantes : un gel moussant autochauffant, des crèmes en eau rafraîchissantes ou réconfortantes, un baume gélifié enveloppant… La promesse : « Une peau équilibrée, cimme un esprit tranquille. » IPSA, marque du groupe Shiseido uniquement vendue en Asie, propose 16 réponses hydratantes ajustées sur votre humeur du moment, après une analyse de peau réalisée avec un capteur. Quant aux soins très hydratants SUQQU (dont le Water Tuning Gel, un masque transparent qui sert de base de maquillage), ils s’accompagent d’un protocole de massage Gankin, « conçu pour magnifier l’éclat intérieur ». Une gestuelle tonifiante de trois minutes axée sur la mâchoire et les reliefs du visage (des cours sont donnés sur le stand de la marque au Bon Marché Rive Gauche, à Paris).
Méduses et soja
Plus à l’Ouest, de nouveaus ingrédients marins font leur aparition. Non seulement pour leur richesse en minéraux, mais aussi pour leurs textures filmogènes ou gélifiées qui procurent une sensation aqueuse assortie d’un effet tenseur. L’acide polyglutamique (PGA), par exemple, qui donne l’aspect « jelly » des méduses (et les empêche de se déshydrater dans l’eau salée), peut retenir jusqu’à 4 000 fois son poids en eau (quatre fois plus l’acide hyaluronique). Utilisé en médecine régénérative, il reste peu présent en cosmétique, où il est plutôt extrait des graines de soja fermenté. Le voilà dans le Serum Repulpant de Typology ou le Polyglutamic Acid Serum de The INKEY List. L’ectoïne, un actif encore discret (car coûteux) provient, lui, de micro-organismes marins vivant dans des conditions extrêmes.
Sur la peau, il crée un voile qui retient l’humidité et protège des radicaux libres. Il est associé au Coenzyme Q10 dans l’Ectoin Repair Serum de Suzanne Kaufmann, et à cinq céramides dans Ceramidin Ectoin-Infused Cream du Dr.Jart+ pour réparer les peaux qui craquent. On le retrouve également en infusion antistress dans le Masque Visage en Bio Cellulose Y Théorème de 111Skin. La recherche se penche aussi sur les fucoïdanes qui forment le mucus des algues brunes ou du concombre de mer. Ils stimulent l’hydratation, sont procollagènes et constituent de puissants antioxydants.
Coussin hyaluronique
L’hydratation in & out est également au cœur de myBlend, un programme de beauté intégrative élaboré par le Dr Olivier Courtin, pour qui « l’hydratation est, de loin, le premier geste anti-âge », avec des soins biotech, des compléments alimentaires et une routine instrumentale (gua sha, pinceaux, roller massant, masque LED). Côté formulation, l’équipe de recherche a repoussé les limites de l’acide hyaluronique avec des versions boostées multimoléculaires greffées qui offrent une hydratation plus profonde et durable. Pour le Dr Courtin, « l’hydratation du futur sera à la fois ultrapersonnalisée et intelligente, avec des textures évolutives qui libéreront leur pouvoir hydratant à un instant T, en fonction de l’environnement ou des émotions. »











