
« Jusqu’à la construction d’une première route reliant Itacaré à la ville et l’aéroport d’Ilhéus (dans l’état de Bahia, ndlr) en 1988, le village était resté quasi isolé, occupé à la pêche et à l’industrie cacaoyère, raconte Daniel Lima, légende locale du surf. Les surfeurs sont arrivés dans les années 1980, et des quatre coins du monde. » L’ambiance roots avec pousadas à la clé a attiré les premiers touristes. La population a augmenté, passant de 9 000 à 35 000 habitants aujourd’hui, mais « l’esprit et l’âme du début sont restés », assure celui qui y a rencontré sa femme, Juliana Ghiotto.
Designer à São Paulo, celle-ci débarque à Itacaré pour une escapade d’une semaine en 2004. Elle rencontre Daniel, l’épouse et fait la connaissance d’un groupe de Suédois surfeurs qui veulent faire construire une maison d’amis. C’est là que naît Barracuda. Au départ, « une grande demeure, où vivre dehors en surplombant forêt et océan », raconte-t-elle. Le projet se transforme finalement en hôtel d’une quinzaine de villas. « Nous avons pris le temps – quinze ans ! – pour faire les choses avec sincérité et responsabilité. Nous avons soutenu les communautés locales, fixé une limite à notre développement (10% du territoire), avons replanté des zones vierges de végétation, ouvert une fondation et misé sur l’hospitalité des Bahianais. »

© Stanislas Fautré / Figarophoto
Rénové il y a un an, l’endroit ouvre sur le restaurant-bar Oiti et onze suites avec terrasse et vue panoramique sur les environs promises à l’accueil des nomades numériques. « Un esprit chaleureux à la brésilienne, mixé à un style scandinave minimaliste, sans fioritures », résume Juliana Ghiotto. A chaque étage, les invités découvrent les œuvres murales et décorations en jute, macramé et fibres de palmier, de l’artiste et ancienne biologique Juliana Almeida. Originaire de Minas Geiras, elle doit à Itacaré « cette énergie insaisissable, lié à la nature, à l’âme africaine et brésilienne, qui nourrit mon travail et me libère ».
« L’énergie d’Itacaré est unique au monde ! La plage secrète de Jeribucaçu ou celle d’Itacarzinho, à une trentaine de minutes à l’est, entourée des rochers et aux vagues cassantes, sont exceptionnelles »
Pour comprendre la douceur de vivre d’Itacaré, il faut se rendre au Ponta do Xaréu et sa vue sublime sur la mer, ses bateaux et couchers de soleil. « C’est ici que la magie prend vie », explique Max, venu la première fois enfant, avant d’y revenir en tant que guide d’expériences il y a six mois. Le circuit commence en général par un cocktail gin-cacao au bar-restaurant Mirante sur le coup de 17 heures. Donovan, le patron, un ancien architecte dans le Valais, en Suisse, a investi il y a quelques années ses économies dans un bout de rocher sacré, cerclé de cocotiers, face à la mer. « En arrivant la première fois, j’ai pleuré, puis j’ai mis ma culture occidentale de côté, appris le portugais et tenté de m’intégrer. Cela a pris du temps, mais aujourd’hui, tout le monde passe chez moi pour assister aux couchers de soleil en musique. »


2. A Auraa Ateliê, des pièces en macramé et fibres naturelles artisanales. – © DR, Juliana Almeida.
Un sentiment de liberté
Comme Donovan, tout le monde à Itacaré a une histoire à raconter. Igor Dantas aussi est d’abord venu en vacances sur la plage Da Concha. La pandémie de 2020 l’a fait rester. « Le sport, comme la nature, fait partie du lifestyle. » Alors, pour se fondre dans le paysage, il a ouvert un complexe associant salle de fitness, beach club et café vegan. Michel Capella a rejoint un ami installé ici il y a cinq ans. Il a plaqué Rio, le cinq restaurants qu’il administrait et embarqué son associée Natalia pour ouvrir un concept de cuisine street food dans un conteneur. Son nom : Sarava, une salutation à la culture afro-brésilienne. Populaire l’enseigne s’est invitée depuis quelques semaines dans une ruelle de village où le chef propose sa version gastronomique du Mac Fish qui fait fureur. « Un sentiment de liberté profond. Impossible de faire marche arrière. »
Fidèle des sambas du jeudi soir, toujours organisées au Bar Do Pescador, Diego est arrivé avec son salon-barbier mobile. « Je parcours le Brésil pour réaliser mon rêve et participer aux compétitions mondiales de surf à chien. Pour financer mon projet, j’ai eu l’idée d’installer ce barbier mobile à l’entrée du village. Itacaré est mon endroit préféré. Les surfeurs et les touristes ont besoin de se faire couper les cheveux. Je vis et je sors sans me soucier du lendemain. »


Le jour, les quatorze plages qui encerclent le village forment le trésor d’Itacaré. Yagé Araujo, surfeur professionnel né ici, les connaît toutes. « L’énergie d’Itacaré est unique au monde. La plage secrète de Jeribucaçu ou celle d’Itacarzinho, à une trentaine de minutes à l’est, entourée des rochers et aux vagues cassantes, sont exceptionnelles. » Menacé un temps par le développement incontrôlé de l’habitat, Itacaré a su préserver son âme. « La destination est désormais sur la carte du monde, reconnaît Juliana Ghiotto. Le futur d’Itacaré devra être durable pour continuer à faire rêver. »
Site web : thebarracuda.com
Instagram : @barracuda.hotelandvillas



