BEAU Magazine : Qu’est-ce que le beau vous évoque ?
BM : Qu’est-ce que représente la mode pour vous, et quel rôle devrait-elle jouer dans la société ?

BM : La mode n’est-elle pas déjà en retard sur les préoccupations de son époque ?
GA : Certainement ! C’est surtout la pandémie qui a mis en avant les défauts de l’industrie de la mode. Avant, nous parcourrions le monde, en nous engageant dans des activités souvent inutiles et, surtout, en produisant plus que nécessaire, sans réfléchir aux conséquences. Or le véritable luxe devrait signifier la fabrication d’objets durables, qu’on pourrait utiliser et apprécier longtemps. J’ai espéré que cette période sans précédent nous donnerait, à nous, les professionnels de la mode, l’occasion de prendre du recul et de reconsidérer notre comportement en tant qu’industrie. Mais, hélas, tout porte à croire que nous sommes en train de revenir à nos habitudes d’avant.
« L’indépendance doit rester la caractéristique fondamentale de la maison »
BM : Qu’est-ce qui vous engage ?
GA : Avec ArmaniValues (1), la plateforme que nous avons lancée récemment, nous montrons de manière transparente et claire ce que nous avons accompli jusqu’à présent, et les défis et initiatives qui nous attendent, que ce soit au niveau sociétal ou environnemental. Je suis convaincu que ma position dans la mode implique des responsabilités. Quand j’ai fondé ma société, en 1975, je n’imaginais pas que mon nom deviendrait aussi connu dans le monde entier. Il me semble normal d’utiliser cette notoriété pour aider les autres – quelle que soit la forme que cette aide pourrait prendre, qu’il s’agisse, par exemple, d’œuvres caritatives ou du soutien à la lutte contre la pandémie [Giorgio Armani a fourni des fonds et produit dans ses usines des équipements de protection pour les travailleurs de la santé en première ligne, ndlr]. Je suis également investi pour la planète. Notre mission est de fabriquer des produits écoconçus en utilisant des processus durables. Je veux utiliser au mieux l’influence que j’ai acquise.

BM : Comment créer et se projeter dans l’après, compte tenu des incertitudes qui sculptent notre quotidien : la guerre, les pénuries, l’urgence climatique… ?
GA : En étant passionné et en acceptant l’incertitude. J’ai traversé de nombreuses crises, notamment en grandissant pendant et après la guerre. Cela m’a donné la volonté et la détermination de toujours relever de nouveaux défis, avec créativité et optimisme. Car, en fin de compte, l’acte de création est avant tout une déclaration d’espoir.
BM : « Etre à la mode » pourrait-il un jour devenir ringard ?
GA : Je n’ai jamais accordé d’attention aux tendances éphémères, car elles ne sont rien sans la personne qui les porte. Un vêtement ne peut être à la mode que s’il est porté et apprécié au quotidien. Si une pièce ne vit que dans les pages des magazines ou sur les podiums et pas dans la vraie vie, alors je ne pense pas qu’on puisse la considérer comme « étant à la mode ».
« La beauté est éternelle. La beauté est transcendante »
BM : Le vestiaire racontera-t-il toujours l’histoire du genre ?
BM : Quel vêtement transcendera le temps ?
GA : Sans hésitation, la veste. Elle est étonnamment polyvalente et s’adapte à toute occasion, tout en donnant à son styliste la possibilité de s’exprimer et de structurer la silhouette de la personne qui la porte.

GA : Mes convictions restent les mêmes. Bien que le monde continue de changer de plus en plus vite, le rôle principal du styliste reste d’avoir une vision esthétique et de la transmettre afin qu’elle résonne auprès de son public. On peut interpréter ce rôle comme on veut, mais l’objectif restera toujours celui-ci.
BM : Comment voyez-vous Armani après Giorgio ?
GA : L’indépendance doit rester la caractéristique fondamentale de la maison. Tout comme le fait que les marques perpétuent ce qu’elles ont toujours incarné, dans la continuité et la longévité, tout en s’adaptant à la modernité. Je suis convaincu qu’elles refléteront ces valeurs à travers le prisme de l’époque dans laquelle elles existeront. Comme elles l’ont toujours fait.
« En enlevant le superflu, on obtient l’intemporel »
BM : Qu’est-ce qui ne change pas et ne changera jamais ?
BM : Quels conseils donneriez-vous à un jeune créateur ?
GA : Le talent est une chose, mais il n’y a pas de succès sans dévouement et sans travail acharné, ne sous-estimez jamais leur importance. Le succès ne vient pas facilement, quoi qu’on en dise. Ceci n’est qu’un mythe. Ayez confiance en votre vision. Et si vous avez quelque chose à dire, dites-le !
(1) armanivalues.com





