Le monde onirique de Leonora Carrington

Aussi célèbre que Frida Kahlo au Mexique, où elle a passé la plus grande partie de sa vie, Leonora Carrington fut longtemps oubliée en Europe, et particulièrement en France. L’exposition organisée au Musée du Luxembourg, à Paris, jusqu’en juillet, met enfin en lumière l’œuvre de cette artiste britannique, surréaliste et singulière, féministe, écologiste avant l’heure et insatiable voyageuse.

Leonora Carrington, Las tentaciones de San Antonio, 1945 © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris

Aussi célèbre que Frida Kahlo au Mexique, où elle a passé la plus grande partie…

André Breton, chef de file des surréalistes, la qualifiait de « sorcière […] au regard velouté et moqueur », tandis que le poète et mécène Edward James, faisant le lien entre la cuisine et la magie, racontait que ses « peintures sont concoctées […], parfois matérialisées dans un chaudron sur le coup de minuit ». Peintre fascinée par l’occultisme – comme beaucoup d’autres surréalistes –, romancière, sculptrice, militante, féministe, écologiste… Leonora Carrington vécut plusieurs vies.
leonora carrington sisters of the moon la strega 1932 aquarelle graphite et encre sur papier 26 x 18 cm © 2026 estate of leonora carrington adagp paris 72 dpi
Leonora Carrington, Sisters of the Moon, La Strega, 1932 © 2026 Estate of Leonora Carrington -ADAGP, Paris

Née en 1917 dans le Lancashire, en Angleterre, cette artiste à l’imagination singulière, très peu connue jusqu’à aujourd’hui en France, a traversé le XXe siècle à sa façon, en développant ses propres voix et style, nourris de ses voyages, de ses expériences, parfois traumatisantes et lourdes de conséquences, et de ses rencontres avec le milieu surréaliste.  Dès l’enfance, elle est attirée par la mythologie, les contes de fées irlandais que lui racontent sa mère et sa grand-mère maternelle et par la littérature victorienne. Cette fascination guidera son œuvre tout le long de sa vie. Elle a à peine 15 ans lorsqu’elle réalise à Florence, en Italie, pendant qu’elle étudie dans une école pour jeunes filles de bonne famille, ses premières aquarelles, déjà à connotation surréaliste : intitulées Sisters of The Moon (Sœurs de la Lune), elles font coexister créatures fantastiques et femmes énigmatiques tout en laissant déjà apercevoir certaines des thématiques qui lui seront chères par la suite : la sororité, la mythologie, l’ésotérisme, le tarot, la magie.

« « Je n’avais pas le temps d’être la muse de qui que ce soit. j’étais trop occupée […] à apprendre à devenir une artiste »»
Leonora Carrington
leonora carrington ballerina ii mythical figure 1954 305 x 225 cm collection privee © 2026 estate of leonora carrington adagp parisleonora carrington retrato del dr.urbano barnes 1946 tempera sur toile 57 x 495 cm ©2026 estate of leonora carrington adagp paris © grandpalaisrmneditions 72 dpi
1. Leonora Carrington, Ballerina II (Mythical Figure), 1954 © 2026 Estate of Leonora Carrington – ADAGP, Paris
2. Leonora Carrington, Retrato del Dr.Urbano Barnès, 1946 ©2026 Estate of Leonora Carrington – ADAGP, Paris

Á 19 ans, durant l’exposition surréaliste à Londres, elle rencontre le peintre Max Ernst et devient sa compagne. Ensemble, ils vivent quatre années heureuses et riches en production artistique à Paris, puis à Saint-Marin d’Ardèche, dans le sud de la France. Ils peignent ensemble, s’influencent mutuellement, reçoivent les grandes figures du mouvement surréaliste. Mais en 1940, la guerre oblige Leonora à se réfugier en Espagne. Violée par des soldats franquistes, puis internée en clinique psychiatrique, entre folie et lucidité, elle voit son existence bouleversée. Libérée l’année suivante, elle s’enfuit à New York, puis, fin 1942, s’installe à Mexico jusqu’à sa mort, en 2011, à l’âge de 94 ans.

leonora carrington double portrait self portrait with max ernst 1938 © 2026 estate of leonora carrington adagp paris © courtesy gallery wendi norris san francisco 72 dpi
Leonora Carrington, Double portrait (self-portrait with Max Ernst), 1938 © 2026 Estate of Leonora Carrington -ADAGP, Paris
« Il faut d’abord avoir du talent, puis apprendre à dessiner »
Leonora Carrington
Inspirée aussi bien par la Renaissance italienne, la littérature victorienne, et les différentes cultures qu’elle découvre, Leonora peint des silhouettes et des créatures longilignes, oniriques au milieu de paysages allégoriques qui nous transportent ailleurs, à travers croyances, courants mystiques, influence religieuse et connaissance scientifique.  Le voyage occupe une place centrale dans sa vie et son œuvre. Tous les voyages, « les vrais, physiques, et ceux de l’esprit par la recherche de nouvelles voies de connaissance », précise Carlos Martin, historien d’art et co-commissaire de l’exposition que lui consacre le Musée du Luxembourg.

Bousculant l’ordre établi et nos a priori, ses 126 œuvres exposées ici nous aident à mieux comprendre son univers à part et sa vision créative.
kati horna retrato de leonora carrington 1947 photo argentique 25 x 20 cm collection privee © estate of kati horna mexico © archivo fotografico kati y jose horna 72 dpi
Kati Horna, Retrato de Leonora Carrington, 1947, photo argentique © Estate of Kati Horna, Mexico

« La plupart d’entre nous, je l’espère, savent désormais qu’une femme ne devrait pas avoir à se battre pour ses droits. Ses droits existaient depuis le début… »

Leonora Carrington

En pratique : « Leonora Carrington », jusqu’au 19 juillet au Musée du Luxembourg, 19, rue de Vaugirard, 75006 Paris. Tous les jours, de 10h30 à 19 heures, nocturne le lundi jusqu’à 22 heures.

Exposition coorganisée par le GrandPalaisRmn et MondoMostre.

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