
© Raphaël Massart
Froissée, courbée, aérienne, la verrerie créée par la souffleuse de verre Margot Courgeon semble vivante, littéralement en fusion. L’artisane, qui crée au chalumeau pour plus de souplesse, a déjà collaboré avec des chefs et des designers. Le début de l’odyssée de sa marque Ulysse Sauvage.
Derrière Ulysse Sauvage , il y a Margot Courgeon, 30 ans et beaucoup de talent. Sous son chalumeau naissent des objets du quotidien à la fois uniques et empreints d’une poésie singulière. « La beauté m’a toujours inspirée lorsqu’elle sert une fonction », sourit la créatrice. C’est sans doute cette pensée qui a poussé la jeune diplômée en arts plastiques à la Sorbonne et en sculpture aux Beaux-Arts de Bruxelles à troquer l’art pour l’artisanat. En 2015, installée à Berlin, la Bordelaise d’origine fait la rencontre du feu dans un atelier de soufflage à la canne. Là, elle commence à apprivoiser le verre à bras-le-corps. Mais ce métier ne s’improvise pas. « C’est une pratique très rigoureuse qui nécessite de maîtriser pleinement la technique pour en détourner l’application. » Décidée, elle rentre à Paris, passe son CAP de souffleur de verre, option verrerie scientifique. Elle y apprend à mettre l’humilité au service de la matière. Puis elle choisit le chalumeau afin de pouvoir travailler seule et n’importe où et de s’affranchir des contraintes financières inhérentes à l’ouverture d’un atelier traditionnel à la canne.

Margot Courgeon dans son atelier – © Margot Courgeon
En 2020, Margot Courgeon s’installe à Paris. Elle opte pour un nom neutre afin que l’on puisse « découvrir son travail sans le prisme du genre ». Ce sera Ulysse Sauvage, clin d’œil au nom du mobile retraçant l’Odyssée réalisé lors de son premier projet vitrier. Le verre borosilicate blanc, d’une dualité captivante, « si tranchant à chaud, si fragile à froid », devient son terrain de jeu. Utilisé d’ordinaire en laboratoire, le voilà qui se prête sous son chalumeau aux arts de la table. Ses bougeoirs, coquetiers, verres à eau froissés ou emblématiques verres à pied «Tulipe » sont d’une délicatesse infinie, mais aussi d’une résistance insoupçonnée. Sourcé exclusivement en Europe, ce verre est d’abord chauffé à 1 300 °C. Puis la magie opère : « En fusion, des nuances incroyables de rouge, rose, orange apparaissent… C’est presque plus beau que l’objet fini », s’amuse celle qui privilégie le verre transparent pour que la lumière « révèle pleinement la matière ». Le pied, la tige, puis la coupe sont ensuite fusionnés « avec le moins d’outils possibles ».

© Margot Courgeon
L’artiste aime que l’objet lui impose peu de contraintes physiques. Chaque pièce nécessite trente à quatre-vingt-dix minutes selon sa complexité, et le résultat est à chaque fois unique, imprégné de la spontanéité de son geste. La délicatesse de ses créations séduit des institutions, comme le Palais de Tokyo ou le concept-store Centre Commercial, et lui ouvre des collaborations avec des pointures comme Mauro Colagreco, le chef étoilé du Mirazur à Menton, pour qui elle conçoit des verres, ou la créatrice Amélie Pichard.
« La matière en fusion… c’est presque
plus beau que l’objet fini »
Margot Courgeon, artiste souffleuse de verre
Pour en vivre et garder un prix « juste » (40 € un verre à eau froissée, 52 € le bougeoir « Tulipe »), elle gère aussi ses ventes en direct. Plusieurs fois par an, elle organise des drops de 100 à 400 pièces sur son site (dévalisés en quelques heures) et des ventes physiques pour rencontrer ses clients : « J’adore recueillir leur ressenti. Certains me disent que mes verres sont plus légers qu’ils ne le pensaient, c’est fascinant de voir la façon dont mes objets sont perçus. »


Margot Courgeon dans son atelier parisien – © DR
Après dix ans « d’énergie parisienne », l’envie de nature prend le dessus. Il y a quelques mois, la Bordelaise est retournée dans sa région d’origine. Changement de cap, nouvelle direction créative, et l’envie de se pencher vers une pratique plus artistique. Prochaine étape : le verre noir, dont elle explore l’intensité via une collection d’objets, de verres et de luminaires prévus pour 2025. Pour un jour, peut-être, laisser parler d’autres matériaux sous l’étendard d’Ulysse Sauvage. Car « avant le verre, il y a la matière ».
Site web : ulyssesauvage.com
Instagram : @ulysse_sauvage



