
© Tea at Shiloh
Prendrez-vous une tasse de thé ? Quoi de plus tentant en ce début d’année et après une longue période de fêtes et d’excès ? C’est déjà le cas chez Shiloh, un bar à thé à Los Angeles : en journée, en soirée, en musique ou au calme, toutes les heures sont celles du tea time. Dans un espace « sexy, confortable et soyeux », conçu pour mettre tout le monde à l’aise, libérer la créativité et faire la fête autour du breuvage infusé. Visite.
Tous les jours, les habitués du Tea at Shiloh laissent leurs chaussures à l’entrée pour venir s’affaler sur les larges canapés blancs et moelleux, les tatamis, avec plaids et coussins, et les nids douillets éparpillés. Certains, casque sur les oreilles, viennent méditer. Entre les murs de briques, la lumière est tamisée. Une grande table d’hôtes mélange quadras et TikTokers rompus à des travaux de coloriage, de lecture ou d’écriture. Perché à six mètres, sous les reflets de lumières rose et bleu planantes, un groupe de jazz tendance dreamy experimental fait résonner plusieurs soirs par semaine de drôles d’accords. Dans le quartier Arts District de Los Angeles, loin des boutiques et des restaurants à la mode, l’ancien local d’un label de musique, dont l’architecture fait penser à un arbre à chat, s’est converti en salon de thé d’un nouveau genre ouvert nuit et jour. « Un lieu sexy, confortable et soyeux », préfère Shiloh iii (nom qu’elle s’est choisi), sa tête pensante. Chilienne et bolivienne d’origine, une première vie en Floride, la seconde en Californie, elle s’intéresse à la musique, au label Columbia Records avant qu’une dépression post-Covid ne l’entraîne dans des salons de thé new age. « Ceux de San Francisco sont parfaits pour les introvertis comme moi qui souhaitent avoir une vie sociale. Mais leurs horaires restreints et l’ambiance souvent trop policée me frustraient », raconte-t-elle. Shiloh s’inspire alors du concept et le pousse d’un cran.

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Avec l’aide d’un ami et « Bon Samaritain » qui croit en son projet, elle lève ses 20 000 premiers dollars, signe son premier bail et laisse planer le mystère sur son projet. L’adresse est tenue secrète jusqu’au moment de la réservation. Ahdom Sayre, architecte et designer originaire du Massachusetts, tombe amoureux du projet et de celle qui le porte. « Elle a ce don de savoir saisir les humeurs, les ambiances. C’est cela qui a dicté l’architecture du lieu et sa fragmentation en multiples espaces et cocons », confie-t-il admiratif.

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Plus ébouriffant qu’un salon de thé à l’anglaise, plus vivant que sa version épurée japonaise, Shiloh reçoit comme à la maison. Le seuil franchi, le client est accueilli par la maîtresse des lieux ou par un de ses acolytes. Ils lui expliquent les principes du salon, l’invitent à prendre place et à goûter au thé préparé sur place. « C’est une astuce pour mettre à l’aise, avec un seul objectif, réunir les gens », explique la propriétaire des lieux. Capital dans une ville comme Los Angeles où il est parfois compliqué de rejoindre sa propre communauté. En Chine et au Japon, les premiers salons de thé avaient déjà cette vocation, rappelle cette passionnée certaine que, « dans notre version moderne et occidentale, l’esthétisme, la façon d’accueillir, la musique, sont les facilitateurs de cette connexion. Et le thé, un médium, comme un prétexte, pour libérer les âmes et booster la créativité. »
« La jeune génération a compris qu’il existait d’autres moyens que l’ivresse pour créer du lien »
Shiloh iii, gérante de Tea at Shiloh
Elément principal de l’établissement, le comptoir en bois et aux voilages blancs compile boîtes de thé, tasses et théières dans un ordre parfait. Trois recettes y sont préparées à partir de feuilles et d’herbes chinoises principalement. Toutes servies à volonté. La carte se veut courte, assumée et exclusivement dédiée à la boisson aromatique. « On a longtemps pensé qu’il n’existait pas d’alternative à l’alcool pour faire la fête et être heureux. Une large communauté, la jeune génération en premier, a compris qu’il existait d’autres moyens que l’ivresse pour créer du lien. Les gens aiment se parler vrai, rester lucides et pleinement conscients. Si vous y ajoutez de la musique live, l’expérience fonctionne encore mieux. » Depuis son ouverture, Tea at Shiloh reçoit pour des sessions entre cinq et six heures, et se limite à une trentaine d’invités. « Les bars à cocktail, c’était bien il y a dix ans, explique Christian, un fidèle des lieux. L’idée de trouver un lieu supra-relaxant, à l’ambiance presque planante, où passer une partie de la soirée sans se presser d’avaler son verre, ni d’avoir un mal de crâne le lendemain au réveil, fonctionne bien avec mon rythme et mon envie de me faire du bien. Ici, chaque soir est différent. Je viens m’inspirer, refaire le monde avec des amis, bouquiner parfois ou laisser mon esprit divaguer. »

© Tea at Shiloh
Pour participer, Tea at Shiloh a également mis en place un système de réservation sur Internet. « Pas de file d’attente, la large tranche horaire laisse le temps de s’approprier l’espace, l’expérimenter un verre sur un canapé, allongé sur un tatami, ou de prendre de la distance en grimpant dans l’un des nids perchés du lieu, explique Ahdom. Au contraire des bars, coffee-shops et autres lieux de nuit où le temps est compté et où la pression du nombre peut vite décourager, Tea at Shiloh aime la liberté. » L’été dernier, le salon ouvrait un second espace, The Annex, sorte de prolongation de celui d’Arts District, entièrement dessiné par Ahdom Sayre et réservé certains soirs aux spectacles enflammés de flamenco… et au thé. « La suite ? Nous la rêvons autour d’un espace plus proche de la nature. Au nord de San Francisco, du côté de Mendocino, tout entier guidé par la liberté. Il ferait se sentir exister, permettrait de créer, de se reconnecter à l’autre et à la nature, mais aussi de jardiner, planter, respirer, cuisiner, et même boire sa propre potion du potager à la tasse. »
Adresse : Tea at Shiloh,
2035 Bay Street, Los Angeles, Etats-Unis.
Site web : teaatshiloh.com
Instagram : @tea__at__shiloh



