
La Cinémathèque française, avec le soutien de Hantang Culture, s’apprête à accueillir, à Paris, une rétrospective consacrée au cinéma chinois au féminin. Une sélection de films mettant en lumière le travail de réalisatrices qui ont libéré l’expression et transcendé les stéréotypes de genre. Avec courage, engagement et modernité.
Elles ont souvent été éclipsées par une génération dorée de cinéastes hommes, celle de Wang Bing, Jia Zhangke ou Jiang Wen dont les films ont marqué le cinéma chinois depuis les années 1980 et l’ont fait connaître à l’international. Pourtant, la production cinématographique féminine est aussi riche et passionnante, témoin de la complexité et de la beauté de la vie des femmes en Chine. Des pionnières Huang Shuqin et Ann Hui dans les années 1980 aux contemporaines Teng Congcong, Liu Jiayin ou Shao Yihui, en passant par Li Shaohong dans les années 1990, ces réalisatrices ont façonné un paysage cinématographique unique.
« Grâce à elles, les secrets de la vie des Chinoises se dévoilent, façonnant notre compréhension de l’histoire du pays à travers le prisme féminin », raconte Violet Wang, commissaire du projet cinéma « Réponse de femmes », tout en rappelant que cette programmation à la Cinémathèque française fait suite à la première édition qui a eu lieu à Shanghai dans le cadre de Art Shanghai 2024. « J’ai voulu donner ce nom au projet en référence au court-métrage manifeste d’Agnès Varda (Réponse de femmes : Notre corps, notre sexe, 1975, ndlr), explique-t-elle. Mais aussi parce qu’il renvoie aux difficultés persistantes que rencontrent les récits au féminin : qu’il s’agisse d’écriture, de parole ou de leur champ d’action, leur liberté a longtemps été une “présence absente”, refoulée jusqu’à l’effacement… »

S’affirmer, créer, se battre
La rétrospective à la Cinémathèque s’ouvre avec Woman-Demon-Human de Huang Shuqin, souvent considéré comme le premier film féministe chinois. Inspiré de la vie d’une star de l’opéra (Pei Yanling), il raconte l’histoire bouleversante d’une jeune actrice, mi-homme-mi-femme, bravant les traditions archaïques de son milieu au point d’incarner des hommes sur scène. Réalisé en 1987, il lève le voile sur un univers où les femmes s’affirment, créent et se débattent avec les réalités de leur époque. Dans son essai sur la philosophie du cinéma, Les Femmes dans le monde masculin de l’industrie cinématographique, la réalisatrice constate que « si l’on comparait le point de vue masculin à une fenêtre donnant sur le sud, le point de vue féminin serait celui de la fenêtre orientée à l’est. Cette fenêtre possède une sensibilité, une douceur, une force et une résilience qui lui sont propres. » Un regard qui nous invite à redécouvrir des récits souvent marginalisés.
« Trois générations de réalisatrices viennent
à la rencontre du public français »


Onze films seront projetés lors de cette première rétrospective permettant un plongeon au cœur de la culture moderne de la Chine. Des œuvres emblématiques qui ont libéré l’expression féminine tout en défiant les stéréotypes de genre. Chaque projection sera l’occasion d’explorations et de discussions sur la place des femmes dans la société et le cinéma chinois.

Un pont entre deux cultures
Cette rétrospective coïncide avec le 60e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et la Chine et fait partie des manifestations culturelles organisées dans le cadre de « Art Shanghai » et de l’exposition-rétrospective «Réponse de Femmes : France – Chine, le cinéma au féminin ». Elle renforce l’idée que le cinéma est un espace de dialogue et de liberté, ainsi qu’une invitation à plonger dans un univers embelli par la vision féminine. « J’espère qu’à travers cet art qui ne connaît pas de frontières nous pourrons offrir particulièrement aux femmes cinéastes une plateforme plus large, l’enrichissant de voix et de perspectives diversifiées, et contribuant ensemble à son développement durable », conclut optimiste Jessica Yu, la fondatrice de Hantang Culture, l’organisation partenaire de l’événement dont la mission est de favoriser les échanges culturels entre l’Est et l’Ouest..



Informations : « Le Cinéma chinois au féminin », du 29 mai au 2 juin 2025, à la Cinémathèque française. Une irétrospective dans le cadre de « Art Shanghai : Trésors nationaux européens ».
Adresse : 51, rue de Bercy, 75012 Paris. Métros : lignes 14, 6.
Sites web : cinematheque.fr ; acmedynasty.com
Instagram : @cinemathequefr
Photo d’ouverture : «Chinatown Cha-Cha», de Luka Yuanyuan Yang, 2024 – photo DR



