Nos petits souliers seront-ils tous recyclés demain ?

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Campagne de pub de la marque de chaussures portugaise Sanjo © Ricardo Santos
C’est dans les vieilles chaussures que l’on fait les nouvelles… Au Portugal, les chausseurs s’y emploient.

Rien ne se perd, tout se transforme. Les chaussures pourraient-elles aussi être concernées ? Vingt milliards de paires (1) seraient vendues chaque année dans le monde. Leur durée de vie ? Entre 800 et 1 000 kilomètres parcourus, soit de quelques mois pour une paire de baskets à plusieurs années pour des Charentaises. Comment en tirer profit au maximum et rendre leur cycle de vie le plus vertueux possible ? C’est la question que se sont posée près de 140 acteurs de l’industrie de la chaussure portugaise (2).

« La plupart des pays s’intéressent aux produits finis, nous croyons que, pour faire bouger les lignes et rendre cette industrie plus vertueuse, il faut s’intéresser à toutes les étapes de la chaîne de production », explique Paulo Gonçalves, le directeur de communication de l’Association portugaise des fabricants de chaussures, composants et maroquinerie (APICCAPS), qui a signé un Pacte vert et investi 140 millions d’euros sur trois ans pour donner la priorité à une économie circulaire et réduire l’impact environnemental du secteur. L’objectif est que les restes de production donnent naissance à une nouvelle matière première. Une manière de ressusciter les vieilles chaussures !

Il y a douze ans, Bolflex, une entreprise spécialisée dans la fabrication de semelles en caoutchouc, a développé son usine de recyclage, Rubberlink. L’entreprise récupère entre 2 500 et 3 000 tonnes de matériaux par an (provenant des chutes de production et des points de collecte partout en Europe). Par un procédé de dévulcanisation, une technique qui permet de récupérer le caoutchouc sans le dégrader, le matériau renaît vierge sous forme de pâte qu’il convient de mélanger à du caoutchouc naturel (latex) ou synthétique (SBR) pour le réutiliser. Pedro Saraiva, son directeur commercial, estime à 35 % la teneur en caoutchouc recyclé dans les semelles Bolflex. « Dans quelques années, il faudra que toutes nos chaussures neuves intègrent des matériaux recyclés. Ce n’est pas une vision utopique. Et quand les grosses marques [il cite les mastodontes de la fast-fashion, ndlr] s’y mettent, on sait d’expérience que c’est tout un marché qui se transforme. »

« Dans quelques années, il faudra que toutes nos chaussures neuves intègrent des matériaux recyclés »

Pedro Saraiva, directeur commercial des semelles Bolflex

Chanvre, liège, ou encore bois : les matériaux naturels recyclés séduisent les fabricants (et les consommateurs). Le chausseur portugais New.ve intègre de la mousse et du liège recyclés dans ses semelles intérieures. D’autres, en France, s’intéressent aux déchets ménagers. Comme Corail, une entreprise marseillaise qui valorise le plastique largué au large du port de la Cité phocéenne et le transforme en baskets. Ou Saola, sneakers françaises « écologiques et vegan », qui utilise du PET (le plastique le plus répandu dans le monde) recyclé, certifié GRS « Recycled Global Standard », depuis sa création en 2018.

Aujourd’hui, les matériaux recyclés ou naturels représentent 60 à 80 % des composants utilisés pour la fabrication de ses chaussures – l’objectif étant d’atteindre 100 % en 2025. Si des marques indépendantes y arrivent, pourquoi pas tout un secteur ?

(1) Source Fashion Network.
(2) Etude réalisée en février 2023.

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