À la fabrique des savoir-faire

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Une élève de 4e au collège La Rochefoucauld.
Un tabouret, une lampe, un bureau… Ces objets du quotidien, certains collégiens sont désormais en mesure de les fabriquer. Depuis dix ans, le programme Manufacto de la Fondation Hermès fait découvrir les métiers d’art et d’artisanat aux élèves en leur présentant des artisans maison et des Compagnons. Objectif : les initier au travail du bois, du cuir ou du plâtre et déclencher des vocations.

Ils ont « fait rentrer les fauves ». Claude Hordet sait qu’au début, aucun d’entre eux ne va écouter les consignes mais il maîtrise son sujet. Une scie, un marteau à portée de main, l’artisan ébéniste diplômé de l’école Boulle reprend : « La dernière fois, vous avez percé. Aujourd’hui, on assemble. » Il est 14 heures au collège La Rochefoucauld de La Ferté-sous-Jouarre, en Seine-et-Marne. Les classes de 3e « prépa-métiers » s’apprêtent à emboîter les pieds des tabourets qu’ils ont fabriqués. Avant, ils vont devoir poncer, coller, égaliser à la scie japonaise, se servir d’une équerre, travailler en binôme « pour vérifier que vous percez droit et pas en biais », recommande l’enseignant. Il est l’un de tous ces Compagnons du devoir et du Tour de France, artisans des ateliers Hermès ou membres du réseau à intervenir en milieu scolaire pour sensibiliser les élèves aux métiers d’art et d’artisanat et au savoir-faire. A la fin des sessions d’atelier ébénisterie, Célyna, Mattéo, Samia, Lenny et leurs camarades repartiront avec leur tabouret en hêtre et frêne recouvert d’un cuir de la plus haute qualité. Un des dix objets dessinés par le Studio BrichetZiegler pour le programme Manufacto de la Fondation Hermès.

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1. Tabourets Manufacto.
2. Etabli du collège La Rochefoucauld.
3. Tabouret Manufacto

Dix ans après son lancement en catimini et à l’essai dans six classes au niveau national, Manufacto bénéficie aux classes de 14 académies partenaires. Des CP, des 6e, des 2de, des filières générales, des sections professionnelles, des élèves en situation de handicap, des établissements favorisés, des Zones d’éducation prioritaire (ZEP)…

« Le programme est ouvert à tous. En 2028, nous espérons être présents dans 120 classes et 25 académies », confie Laurent Pejoux, directeur de l’action culturelle et solidaire et de la Fondation d’entreprise Hermès. A Avion, dans le Pas-de-Calais, une classe de 4e allemand première langue a planché sur une alcôve de bureau. Ailleurs, des élèves de primaire ont travaillé la maroquinerie et se sont fabriqué un petit porte-monnaie avec des chutes de peau directement tombées des ateliers Hermès. Au début, Samia, en 3e à La Rochefoucauld, s’était dit « que ça ne servait à rien », se demandait bien « pourquoi poncer des côtés qui ne se verraient pas ». Depuis, elle a changé d’avis et s’inquiète auprès de sa voisine d’atelier que toutes les faces de sa future assise sont bien aussi douces les unes que les autres. Noélia, qui se voit fleuriste, ne savait pas qu’il existait « autant d’essences de bois ». Célyna, que les professeurs trouvaient très renfermée, semble avoir pris de l’assurance, sa perceuse en main. Au collège Jean-Jacques-Rousseau d’Avion, l’artisan formateur dépêché, spécialisé en sellerie-garnissage, développe des produits pour une grande enseigne de sport et loisirs. Aux 4e, il a appris comment réaliser leur alcôve de bureau, mais aussi « qu’il travaillait avec une imprimante 3D », rapporte Ingrid Bodden, professeure documentaliste dans l’établissement. De quoi séduire les GenZ et GenAlfa. Certains, moins doués pour les matières académiques, se sont révélés particulièrement agiles et minutieux, des premiers de la classe en difficulté, devant leur établi, se sont interrogés sur « ce qu’ils pouvaient faire de leurs dix doigts, rapporte le directeur de la Fondation d’entreprise Hermès. Ce qui nous émeut le plus, c’est lorsqu’ils nous écrivent qu’ils n’imaginaient pas pouvoir réaliser eux-mêmes une lampe de chevet. »

« Ces jeunes n’imaginaient pas pouvoir réaliser eux-mêmes une lampe de chevet…»

Laurent Pejoux, directeur de la Fondation d’entreprise Hermès
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Alcôve de bureau Manufacto Hermès.

Dans tous les cas, les rapports entre eux ont changé. Autour d’un même établi, les 4e d’Ingrid Bodden semblent oublier leurs conflits. Des fortes têtes du collège ont éprouvé un autre rapport à l’enseignant. Il a été question d’entraide, de vivre-ensemble, de transmission. Comme dans un véritable atelier partagé. « Cela change le climat d’une classe, continue Laurent Pejoux, et ça nous intéresse aussi. » Il est encore trop top pour savoir si Manufacto, en valorisant les gestes manuels dès le plus jeune âge, peut influencer un parcours professionnel. Claude Hordet, l’ébéniste qui ne craint pas « les fauves », aurait bien aimé le savoir lorsqu’il était élève à Lyon. « A aucun moment on ne m’a présenté la filière pro comme une option », déplore-t-il. Son Bac S en poche, il a passé son CAP d’ébéniste luthier.

Pour en savoir plus : https://www.fondationdentreprisehermes.org/

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Démonstrations et rencontres entre jeunes et professionnels lors des Journées européennes des Métiers d’Art à la Fondation Fiminco, à Romainville (93). – © DR

LES MÉTIERS D’ART À LA RENCONTRE DES JEUNES

Sculpter le bois, faire de la marqueterie, tapisser un siège, broder un costume, apprendre à fabriquer un gant, souffler le verre, laquer un meuble, travailler les pierres précieuses… Pour sa 5e édition, l’événement « Entrez en matières » crée une rencontre entre les nouvelles générations et les savoir-faire d’excellence. Cette fois-ci, l’événement a lieu à Romainville, en Seine-Saint-Denis. Pendant quatre jours, dans le cadre des Journées européennes des Métiers d’Art, la Fondation Fiminco donne l’occasion aux artisans et aux établissements de formation de faire découvrir aux jeunes leur travail. Leurs objectifs ?  Promouvoir la création et le luxe français, transmettre la passion des métiers rares, faire rêver. Et susciter des vocations !

Une mission noble confiée à 20 lycées et établissements de formation, aux Manufactures nationales (Sèvres et Mobilier national), aux établissements du Campus Mode, Métiers d’Art, Design (Campus MoMaDe), aux artisans des maisons du Comité Colbert et à la Fondation Fiminco. Un parcours immersif au cœur du patrimoine vivant et une conviction forte : l’intelligence de la main est plus que jamais une promesse d’avenir pour tout jeune en quête d’orientation.

Elena Giannakou-Fèvre

En pratique : du 9 au 12 avril 2026, de 1à h à 18 h, à la Fondation Fiminco, 43, rue de la Commune de Paris, 93230 Romainville. Entrée libre.

https://fondationfiminco.com/accueil.html

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