
Descendez la rue principale, puis tournez à gauche et vous verrez apparaître le sentier », a pris soin de préciser le responsable de l’Office de tourisme de la bourgade d’Almograve. Nous venons d’arriver sur la Côte Vicentine au Portugal, à deux heures environ au sud-ouest de Lisbonne. Ici, les randonneurs, sacs sur le dos, téléphone ou carte en papier entre les mains, sont aussi nombreux que les locaux. Et les coins de rues souvent estampillés de traits de couleur pour les guider : bleu et vert pour le Sentier des pêcheurs, jaune et rouge pour le Chemin historique et les Parcours circulaires. Chaque année, plus de 30 000 visiteurs viennent explorer ce Parc naturel protégé : soit 750 kilomètres au total de pistes qui longent les plages ou quadrillent l’arrière-pays planté d’eucalyptus, de chênes-lièges et de pins. Un tourisme rural, devenu la pièce maîtresse de toute une économie locale.
L’association Rota Vicentina, créée en 2013 et chargée de tracer et d’entretenir cette nébuleuse de sentiers, coopère avec pas moins de 200 acteurs locaux, hôtels, boutiques et artisans de la région. « C’est un véritable écosystème qui s’est mis en place et ne cesse de croître, explique Marta Cabral, la directrice. Notre objectif est de promouvoir un autre type de tourisme, centré autour de la communauté locale, et de proposer à une jeune génération de marcheurs en quête d’une vie au ralenti un autre voyage. »
Le vent souffle si fort qu’il faut enfiler un bonnet à l’aube de l’été. Nous avons opté pour un parcours circulaire de 8,8 kilomètres, soit environ trois heures de marche, et qui nous conduira au coucher du soleil sur l’une des plages du rivage. Sur le chemin ensablé, des feuilles mortes. D’emblée, cette randonnée se présente comme un périple entre terre et mer. Autour de nous, des brebis paissent à l’air libre. Puis le sentier à ciel ouvert se rétrécit pour se transformer en un chemin de terre ombragé par des branches d’acacia, une espèce envahissante qui se faufile partout où elle le peut. A travers les arbustes, on distingue les sillons de plantations de fruits rouges qui longent la première partie de ce parcours.

L’air est sec et boisé. Au bout d’une petite heure, le tracé finit par tourner le dos à ces terres cultivées pour bifurquer vers la gauche et escalader une petite dune qui mène sur un plateau de sable. En ligne de mire, telle une toile dans le paysage, l’océan et le grondement des vagues. Nous venons de rejoindre une partie du célèbre Sentier des pêcheurs connu par les touristes du monde entier pour sa vue imprenable et son circuit légendaire, emprunté par le passé par les pêcheurs portugais. « La magie de cette route est qu’elle longe l’Atlantique », confiait avant notre départ Emmanuelle Brard, Américaine installée au Portugal et qui a l’habitude de sillonner ces sentiers en été, plusieurs jours d’affilée, avec son époux. « Il y a quelque chose de thérapeutique à marcher face à cet infini. A chaque fois, j’ai l’impression de me dépouiller, d’accéder à l’essentiel. C’est à la fois un moment de déconnexion et de reconnexion à soi, telle une méditation ». Sur la route, le couple choisit souvent à la dernière minute où dormir, chez l’habitant ou dans un petit hôtel. Plusieurs habitations de la région, des fermes rustiques chic à des auberges de jeunesse proposent des tarifs préférentiels aux randonneurs.
« Notre objectif est de proposer à une jeune génération de marcheurs en quête d’une vie au ralenti un autre voyage »

Dégradé de verts
Le reste du sentier se poursuit désormais sur les dunes, à flanc de falaises. Devant, un groupe de jeunes adultes, leurs sacs sur les épaules, peine à avancer. Sur le sable mou, le pas devient plus lent, moins sûr. Impossible d’accélérer, la nature impose ici son propre rythme.
Après deux heures de marche, la fatigue alourdit nos jambes. On se pose, une dizaine de minutes, assis en tailleur et en hauteur face au grand bleu, le temps de boire quelques gorgées d’eau et de se sentir appartenir à cette nature sauvage. On respire le luxe du silence. Tous nos sens sont aux aguets, en alerte, attentifs aux couleurs et aux effluves marins, au ballet des mouettes au-dessus, aux buissons de bruyère, aux succulentes et aux fleurs d’ajoncs qui tapissent les dunes. En cette saison, c’est un dégradé de verts, ponctué du jaune et du mauve des pétales. Sur cette terre qui ressemble au bout du monde, le sable se raffermit et s’éclaircit peu à peu. On imagine volontiers une scène du Petit Prince dans ce paysage lunaire.

La lumière du coucher du soleil finit alors par inonder le ciel d’un filet doré. Reste encore à enjamber une petite rivière qui se jette dans l’océan. Si l’eau et le vent n’étaient pas si glacés ce soir-là, on irait volontiers se baigner comme en été. Il est temps de refaire ses lacets, de humer l’air salé une dernière fois, avant d’emprunter la passerelle. Celle qui relie la plage au village et marque la fin de la marche. Grisante d’air pur et de nature, elle donne l’impression d’avoir vécu pendant quelques heures un véritable voyage intérieur.
Fouler la Côte vicentine
Pour sillonner la Côte vicentine, idéalement de septembre à juin, et organiser son voyage pédestre, se rendre sur le site de l’association Rota Vicentina : rotavicentina.com
Le Chemin historique et le Sentier des pêcheurs sont organisés en étapes de 10 à 33 kilomètres. Les 24 parcours circulaires possibles proposent des marches de 3,5 à 17 kilomètres. Libre à chacun de prendre la route pour quelques heures, pour une journée ou pour une semaine !



