Tissu social

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Combinaison « Emily » et « Perr » – © Dan MacMahon
A Caylus, près de Montauban, une coopérative agricole a relancé la culture du chanvre, une fibre rustique, durable et résistante, ainsi que la filière de tissage qui va avec. Le but de ce véritable écosystème : conduire toute une région dans la transformation du secteur textile.
Dans un hangar, des ballots de chanvre attendent d’être traités. Il faut d’abord séparer la fibre textile du petit bois et de l’écorce, la partie ligneuse du chanvre appelée « chènevotte ». Puis, tandis qu’une des deux énormes machines traite la fibre courte qui sera par la suite mélangée à de la laine ou du coton, l’autre se charge des plus longues, filées en 100 % chanvre, qui seront tissées pour de l’ameublement.

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Haut soutien-gorge « Nida », robe « Perr », et soquettes côtelées en chanvre. – © Dan MacMahon

C’est une petite prouesse. Le chanvre textile, pourtant abondamment cultivé au XIXe siècle, avait disparu des campagnes. Depuis plus d’un an, Cannabis sativa, de son nom savant, refait surface à Caylus, commune du Tarn-et-Garonne. Là, la chanvrière Virgocoop fait teiller (ou défibrer) des tiges de chanvre sur deux lignes de production, afin que la séparation de la fibre longue et de la chènevotte se fasse. Toutes finiront tissées.

Stratégique au XVIIe siècle, l’utilisation de ce matériau a progressivement décliné en Europe, écartée par le lobbying du Nylon ou du coton. Ce cousin du cannabis, qui contient une dose infinitésimale de THC (delta-9-tétrahydrocannabinol), « a été facilement diabolisé », explique Julie Pariset, directrice innovation et RSE à l’Alliance du lin et du chanvre européens. Le savoir-faire agricole et industriel se perd, la Chine s’empare du marché et devient le premier producteur mondial.

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1. Le chanvre dans le champ. – © Dan MacMahon
2. Séparation manuelle de la fibre de chanvre pour extraire la chènevotte. – © Dan MacMahon

Pourtant, Mathieu Ebbesen-Goudin, cofondateur de la coopérative VirgoCoop, y croit. A l’écouter, le chanvre a tout pour plaire : « C’est une plante alliée dans la transition écologique. Elle a besoin de peu d’eau, craint peu la maladie, et est excellente en culture de rotation. » Les terres où le chanvre a été planté « sont boostées sans engrais ». Suffisamment séduisant pour que, six ans après sa création, Virgocoop (société coopérative d’intérêt collectif) regroupe pas moins de 300 sociétaires investisseurs. Pour recréer des filières textiles locales et écologiques. Comme celle de Caylus.

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© Dan MacMahon

« Nous n’avons pas la volonté de devenir énorme. Notre but est de développer une unité spécialisée dans le textile et de la multiplier sur le territoire », explique Julien Bonnet, le responsable de la chanvrière. Quand ça tourne bien, 6 tonnes de fibres de chanvre sortent tous les jours de cette unité de production. Une partie se retrouvera l’année prochaine dans une collection de linge de maison signée Baserange, marque de prêt-à-porter écoresponsable, créée il y a douze ans. Blandine Legait, cofondatrice de la marque et sociétaire de la coopérative, « avait envie de faire partie du mouvement ».

« L’avenir de l’économie est coopératif »

Mathieu Ebbesen-Goudin, co-fondateur et président de VirgoCoop

Depuis sa prise de participation, il y a deux ans, Baserange communique activement sur l’initiative et fait régulièrement visiter les lieux (les champs de chanvre, la chanvrière et l’atelier de tissage Tissages d’Autan) à ses partenaires. C’est ainsi qu’a été pensée la structure.

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Dans l’atelier de VirgoCoop – © Dan MacMahon

Pour permettre à chaque sociétaire de porter le projet et ne pas être uniquement dans un système d’actionnariat classique et passif. « L’avenir de l’économie est coopératif », affirme son président Mathieu Ebbesen-Goudin. Difficile d’imaginer actuellement le chanvre supplanter totalement des fibres reines comme le coton ou le lin dans nos penderies. Sa fibre est plus épaisse et rustique. Et sa récolte reste encore un petit défi. Julie Pariset reconnaît aussi qu’« il va falloir plus de recherche et de développement pour obtenir une fibre longue, en mesure de passer sur les machines de teillage (d’ordinaire réservées au lin) afin de donner ensuite un fil et un tissu 100 % chanvre ».

La coopérative VirgoCoop en est consciente et sait qu’elle va devoir apprendre de ses machines pour obtenir des fils de qualité et de finesse différentes. Au pied de la montagne Noire, à Saint-Affrique-les-Montagnes (Tarn), elle détient aussi Tissages d’Autan, un atelier de tissage écoresponsable, afin de pouvoir transformer son fil en tissu, et maîtriser toute sa chaîne. Du champ au produit fini.

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