Dans la section consacrée au rose, le miroir Ultrafragola d’Ettore Sottsass côtoie les porcelaines où Cindy Sherman se transforme en Madame de Pompadour. Avant de se trouver assigné aux petites filles, le rose habille aussi les hommes. Mais la couleur devient une couleur de lutte, jusque dans le triangle rose d’Act Up. Plus loin, le fauteuil Banquete des frères Campana, composé de peluches, prend des airs de réserve à doudous, tandis que le Manteau nounours de Jean-Charles de Castelbajac propose de sortir enveloppé de réconfort. Puis le parcours se trouble : les photographies de dirigeants nazis entourés d’animaux montrent comment la tendresse peut servir à fabriquer une image de bienveillance. Ce que l’on trouve adorable mérite aussi que l’on s’en méfie.


2. Manteau nounours, manteau en fourrure, Jean-Charles de Castelbajac, Automne-Hiver 2024. © Jean-Charles de Castelbajac – Paris © Vetement © CondeNast
Reste que les animaux exercent sur nous un pouvoir d’attendrissement auquel il est difficile de résister. À commencer par les rondeurs du chien gras de la culture Colima, petite céramique mexicaine vieille d’environ deux millénaires. Le petit hippopotame égyptien que l’on voudrait presque caresser représente pourtant une bête redoutée. Mais ce sont les chats, évidemment, qui volent la vedette. Chez les frères Lumière, un chaton joue déjà devant la caméra en 1899, bien avant les LOLcats. Avec The Praise of Cats, le Japonais Tokuhiro Kawai transforme les chats domestiques en êtres divins. Auréolés d’or à la manière des saints, ils trônent dans un retable qu’on croirait sorti d’une église. Les chiens ont aussi leurs portraits, et leurs noms. Gamine, peinte par Rosa Bonheur, existe pour elle-même. Chez William Wegman, le chien de Blue Tie pose avec une cravate, tandis que les teckels de David Hockney se prélassent, indifférents à leur statut de modèles.
les animaux exercent sur nous un pouvoir d’attendrissement auquel il est difficile de résister

Le doudou a grandi. Ses propriétaires aussi. Avec l’artiste Charles Hascoët, le Furby, créature de la fin des années 1990 à mi-chemin entre peluche et animal de compagnie, devient le sujet d’une série de portraits à l’huile. Ce geste raconte aussi les adultes qui gardent leurs jouets, les collectionnent ou reviennent vers eux lorsque l’avenir inquiète. Il y a un petit côté punk dans ces détournements, que l’on retrouve chez Mike Kelley. Son assemblage Memory Ware Flat #17 fait entrer au musée un monde de petites choses en plastique, de coquillages et de verre, et ses portraits de peluches Ahh… Youth! ont fourni la pochette de Dirty, l’album de Sonic Youth paru en 1992. Ces compagnons de l’enfance portent alors quelque chose de l’adolescence et de son insolence. À la sortie, le mignon a perdu un peu de son innocence, sans rien perdre de son pouvoir. C’est là que l’exposition trouve sa justesse : elle ne se contente pas de réunir ce qui nous attendrit, elle révèle aussi ce que cette apparente douceur peut porter de complexités.

au Louvre-Lens, 99, rue Paul-Bert, 62300 Lens.
Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 18h.
Tarif : de 6 € à 12 €.





