Cezanne – Monet : deux grandes expositions de cette rentrée

Ils ont brisé les codes académiques en quittant leur atelier pour peindre au cœur de la nature, représentant même souvent des dizaines de fois les mêmes paysages et sujets pour en capter les changements… Ils étaient contemporains, amis et admiratifs l’un du travail de l’autre. Paul Cezanne (1839-1906) et Claude Monet (1840-1926) sont exposés actuellement à Paris.

Paul Cezanne, Portrait de Madame Cezanne, entre 1885 et 1895, huile sur toile, 81 × 65 cm. Musée de l'Orangerie, Paris. © Photo GrandPalaisRmn (musée de l'Orangerie) / Hervé Lewandowski

Ils ont brisé les codes académiques en quittant leur atelier pour peindre au cœur de la nature, représentant même souvent des dizaines de fois les mêmes paysages et sujets pour en capter les changements… Ils étaient contemporains, amis et admiratifs l’un du travail de l’autre. Paul Cezanne (1839-1906) et Claude Monet (1840-1926) sont exposés actuellement à Paris.

« CÉZANNE ET NOUS », AU GRAND PALAIS

« Cezanne est notre père à tous », disait Pablo Picasso. Il « parle à l’esprit par le chemin des yeux », notait Paul Sérusier. « Cezanne doit effrayer et déplaire », écrivait à son tour Paul Signac en 1895.  Comment un peintre considéré « marginal » de son vivant, rejeté par les Beaux-Arts (il a été admis à exposer au Salon une seule fois, en mai 1882, sans succès), est-il devenu une référence pour les autres artistes, une figure exemplaire et un modèle à suivre pour tous – à l’exception des surréalistes et des dadaïstes, Salvador Dali l’ayant même qualifié de « pire de tous les peintres » ? 

paul cezanne le baigneur vers 1885 huile sur toile 127x96.8 the museum of modern art new york ©photo digital image the museum of modern art new york scala florencepeter doig bather 2023 detrempe sur lin 250.7x200.7 gagosian new york © peter doig. all rights reserved dacs adagp paris 2026 photo collection of larry gagosianhenri matisse baigneur ete 1909 huile sur toile 92.7x74 cm the museum of modern art new york © photo digital image the museum of modern art new york scala florence
1. Paul Cezanne, Le Baigneur (vers 1885), huile sur toile, 127 x 96,8 cm. The Museum of Modern Art, New York. ©Digital Image, The Museum of Modern Art, New York / Scala, Florence

2. Peter Doig, Bather (2023), détrempe sur lin, 250,7 x 200,7 cm. Gagosian, New York. ©Peter Doig. All Rights Reserved, DACS / Adagp, Paris, 2026, photo collection of Larry Gagosian

3. Henri Matisse, Baigneur (été 1909), huile sur toile, 92,7 x 74 cm. The Museum of Modern Art, New York. ©Digital Image, The Museum of Modern Art, New York / Scala, Florence

« D’une pomme d’un peintre vulgaire on dit : j’en mangerais ! D’une pomme de Cezanne on dit : c’est beau ! »

Paul Sérusier à Maurice Denis, 1906

Jusqu’au 17 janvier prochain, le Grand Palais, en collaboration avec le musée d’Orsay, l’Orangerie et le Centre Pompidou, explore cette influence de Paul Cezanne (1839-1906), « père incontesté de l’art moderne » : des premiers admirateurs, cette jeune génération de peintres qui découvre son travail dès les années 1880 – Paul Gauguin, Emile Bernard, Vincent van Gogh, Paul Signac, Paul Sérusier, Maurice Denis –, jusqu’aux « héritiers cezanniens », du monde entier – Henri Matisse, Pablo Picasso, Piet Mondrian, Fernand Leger, Alberto Giacometti, Roy Lichtenstein, Andy Warhol, Zao Wou-Ki, Joan Mitchell, Bridget Riley, Peter Doig…   Au total, 69 peintures de Cezanne sont mises en dialogue avec 105 œuvres de 78 artistes internationaux. Tous ont « regardé » le travail du maître et trouvé une liberté d’expression et d’esprit, une radicalité formelle et une autre manière de représenter le monde. « C’est la première fois, dans un paysage institutionnel parisien exacerbant la rupture entre l’art du XIXe siècle et l’art moderne, qu’une exposition permet d’en montrer la continuité », racontent ses quatre commissaires. Inédite et magnifique.

paul cezanne la montagne saint victoire vue des lauves 1904 1905 huile sur toile 63.8x81.6cm the nelson atkins museum of art kansas city © photo courtesy of nelson atkinsmark tansey valley of doubt 1990 huile sur toile 222.9 x 366.7 cm whitney museum of american art new york © mark tansey photo whitney museum of art new york ti nighswanderetel adnan paysage 2014 huile sur toile 32 x 41 cm musee de linstitut du monde arabe paris © adagp paris 2026 photo musee de lima jean louis losi
1. Paul Cezanne, La Montagne Sainte-Victoire vue des Lauves (1904-1905), huile sur toile, 63,8 x 81,6 cm. The Nelson-Atkins Museum of Art, Kansas City. ©Courtesy of Nelson-Atkins
Cezanne a peint la montagne Sainte-Victoire plus de 80 fois, la qualifiant de « beau motif » dans une lettre adressée à Émile Zola en 1878.

2. Mark Tansey, Valley of Doubt (1990), huile sur toile, 222,9 x 366,7 cm. Whitney Museum of American Art, New York. ©Mark Tansey, photo Whitney Museum of American Art, New York / Tim Nighswander

3. Etel Adnan, Paysage (2014), huile sur toile, 32 x 41 cm. Musée de l’Institut du monde arabe, Paris. ©Adagp, Paris, 2026, photo musée de l’IMA / Jean-Louis Losi

INFOS PRATIQUES :

Musée du Grand Palais, entrée square Jean-Perrin, 17 av. du Général Eisenhower, 75008 Paris.
Jusqu’au 17 janvier 2027. Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 19h30, nocturne le vendredi jusqu’à 22h.
Tarif : 19 € ; tarif réduit : 16 €.
Site officiel :
 grandpalais.fr

À SAVOIR :

Cézanne ou Cezanne ? Les sources montrent la coexistence des deux orthographes : les documents officiels, sa famille et la presse de l’époque utilisent la forme accentuée, tandis que le peintre lui-même signe ses tableaux et écrit son nom sans accent. Les musées partenaires de l’exposition « Cezanne et nous » ont fait le choix de privilégier cette dernière graphie. Nous les avons suivis.

« MONET, PEINDRE LE TEMPS », AU MUSÉE DE L’ORANGERIE

Cent ans après la mort de Claude Monet (1840 – 1926), le musée de l’Orangerie met en lumière son œuvre sous le prisme du temps. Au XIXe siècle, le chemin de fer et la photographie viennent bouleverser le concept de temporalité de l’époque. Monet, lui, choisit de ralentir face à ça, une philosophie avant-gardiste pour l’époque, qui prend d’autant plus son sens aujourd’hui.

Le parcours s’ouvre sur ses premières toiles impressionnistes. Peintes au grand air dès les années 1870, sa palette pastel y capture la lumière d’un instant.

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1. Claude Monet, Meules, fin de l’été (1891), huile sur toile, 60,5 x 100,8 cm. Musée d’Orsay, Paris. ©RD

2. Claude Monet, Meules, effets de neige (1891), huile sur toile, 65 x 92 cm. The Metropolitan Museum of Art, New York. ©RD

« Un paysage, pour moi, n’existe point en tant que paysage, puisque l’aspect en change à chaque moment. »

Claude Monet
Vient ensuite le temps des séries, des « Meules » aux « Cathédrales de Rouen », un même sujet qui se métamorphose au rythme des différentes heures et saisons. Le motif ne bouge pas, c’est la lumière qui vient le transformer. Ces années sont aussi celles de sa fascination pour le Japon, les estampes japonaises qu’il collectionne lui inspirent des cadrages plus libres et des points de vue inattendus et une vision toute neuve de la peinture.
On découvre ensuite la naissance de son jardin d’eau de Giverny, qui devient le sujet de ses trente dernières années de peinture. Au fil du parcours, on assiste à la naissance de ses nénuphars aux couleurs édulcorées, d’un romantisme intemporel, devenus sa marque de fabrique.
L’exposition se clôture dans les deux salles historiques de l’Orangerie, construites exprès pour accueillir les grands panneaux des « Nymphéas » offerts à la France au lendemain de l’Armistice. Le visiteur ne se place plus devant un tableau, il est noyé par lui, encerclé, et suit la trajectoire d’une journée entière, du lever du soleil au crépuscule.
L’immensité des œuvres nous invite à ralentir, on prend le temps de les contempler. La nature scintille à son propre rythme et laisse place au voyage.

« on n’avait pas encore su exprimer à ce point, la poésie magnifique de l’instant qui passe, de la vie qui continue. »

Gustave Geffroy, à propos de Monet – 1924
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1. Claude Monet, Nymphéas (1916-1919), huile sur toile, 130 x 152 cm. Musée Marmottan Monet, Paris. ©RD

2. Claude Monet, Nymphéas bleus (entre 1916 et 1919), huile sur toile, 204 x 200 cm. Musée d’Orsay, Paris. ©RD

3. Claude Monet, Iris et Nymphéas, huile sur toile. ©RD

INFOS PRATIQUES :

Musée de l’Orangerie, Jardin des Tuileries, 75001 Paris. 
Du 30 septembre 2026 au 25 janvier 2027. 
Ouvert de 9h à 18h, sauf le mardi. Nocturne le vendredi jusqu’à 21h. 
Tarif : 12,50 € en plein tarif, 10 € en tarif réduit. Réservation d’un créneau recommandée.
Site officiel :
 musee-orangerie.fr

À NOTER :

Jusqu’au 31 janvier 2027, le musée Marmottan Monet présente aussi « Histoires de paysages. De Monet à Hockney », l’autre grande exposition de ce centenaire. Elle explore l’héritage de Monet dans l’art du paysage, de 1890 à aujourd’hui, de Bonnard à Hockney.
Site officiel :
marmottan.fr

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