

Les couleurs vives des bâtisses sont directement issues des textiles du peuple Aymara inspirés des montagnes, des animaux, des fleurs… Les formes géométriques ressemblent à celles des ruines des civilisations pré-boliviennes Tiwanaku et Pumapunku, leur conférant ainsi une dimension historique. « Il s’agit, pour moi, de représenter une culture à travers les œuvres que je construis », explique à The Good Life Freddy Mamani, l’architecte à l’origine de ces constructions dites « néo-andines ».


Si les façades attirent l’œil dans les rues d’El Alto par leur démesure et leurs couleurs vives, l’intérieur, lui, est tout autant surréaliste, voire davantage. Au rez-de-chaussée de ces immeubles massifs se trouvent des commerces. Aux 2e et 3e étages, des salons de fête à grande hauteur sous plafond, souvent loués pour des mariages, baptêmes, ou galas de diplômés. Le dernier niveau accueille les appartements du propriétaire. « Un écosystème autodurable » selon Freddy Mamani : la location (entre 400 et 2000€ par soir) rembourse les sommes nécessaires à la construction du cholet : entre 500 000€ et 1 million d’euros. Le prix de la démesure et de la fierté.


Ces fêtes sont l’occasion de rappeler les valeurs fondamentales du peuple aymara et de les faire infuser dans la société bolivienne. Tatewaki Nio, photographe japonais qui présente ses clichés des cholets d’El Alto à l’exposition Photaumnales, espère voir « l’esprit d’entraide et de réciprocité, si caractéristique du peuple Aymara » se développer à El Alto, en même temps que la construction de nouveaux cholets.
Longtemps ostracisés pendant la colonisation espagnole (1532-1825), les Aymaras sont de plus en plus intégrés depuis le début du XXIe siècle. L’arrivée au pouvoir d’Evo Morales en 2006, lui-même d’origine Aymara, y a grandement participé : en 2009, la nouvelle Constitution déclare officielles 36 langues autochtones en plus de l’espagnol. Aujourd’hui, les Aymaras représentent 25% des Boliviens et 80% de la population d’El Alto.
Tatewaki Nio expose ses photos à Beauvais, au Giratoire des Maréchaux, dans le cadre Photaumnales, le festival de photographie en Haut-de-France, jusqu’au 31 décembre.
Plus d’informations : https://www.photaumnales.fr/index.php/programme-2022



