Les cholets, symbole d’émancipation des Aymaras

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Cholet à El Alto – ©Tatewaki Nio
Longtemps mis de côté dans la société bolivienne, le peuple autochtone Aymara s’affirme en construisant d’immenses bâtisses au style surréaliste appelées cholets. Imaginées au début des années 2000 par l’achitecte Freddy Mamani, ces architectures se dénombrent en centaines à El Alto, banlieue de la capitale économique La Paz. Immortalisées par le photographe japonais Tatewaki Nio, elles sont exposées actuellement à Beauvais, dans le cadre du festival Photaumnales.

Rares, mais emblématiques. En deux décennies, les quelques centaines de cholets d’El Alto ont déjà rendu célèbre cette banlieue de La Paz, capitale administrative de la Bolivie. Contraction de « cholo », terme péjoratif désignant le peuple autochtone Aymara, et de « chalet », ces bâtisses au style surréaliste symbolisent l’émancipation d’un peuple ostracisé pendant plusieurs siècles en Bolivie. Les cholets sont devenus aujourd’hui des objets de fierté pour les Aymaras qui osent affirmer leur présence sur les terres de leurs ancêtres. Une façon de retourner le stigmate.

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©Tatewaki Nio

Les couleurs vives des bâtisses sont directement issues des textiles du peuple Aymara inspirés des montagnes, des animaux, des fleurs… Les formes géométriques ressemblent à celles des ruines des civilisations pré-boliviennes Tiwanaku et Pumapunku, leur conférant ainsi une dimension historique. « Il s’agit, pour moi, de représenter une culture à travers les œuvres que je construis », explique à The Good Life Freddy Mamani, l’architecte à l’origine de ces constructions dites « néo-andines ».

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©Tatewaki Nio

Si les façades attirent l’œil dans les rues d’El Alto par leur démesure et leurs couleurs vives, l’intérieur, lui, est tout autant surréaliste, voire davantage. Au rez-de-chaussée de ces immeubles massifs se trouvent des commerces. Aux 2e et 3e étages, des salons de fête à grande hauteur sous plafond, souvent loués pour des mariages, baptêmes, ou galas de diplômés. Le dernier niveau accueille les appartements du propriétaire. « Un écosystème autodurable » selon Freddy Mamani : la location (entre 400 et 2000€ par soir) rembourse les sommes nécessaires à la construction du cholet : entre 500 000€ et 1 million d’euros. Le prix de la démesure et de la fierté.

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©Tatewaki Nio

Lorsqu’ils ne sont pas loués, les grands salons de réception sont utilisés pour de grandes fêtes traditionnelles. Les invités ramènent des cadeaux aux hôtes, qui notent la valeur de l’objet pour apporter un cadeau de même valeur lorsqu’ils seront invités à leur tour. Un système de don et de contre-don lourd de sens pour ce peuple qui s’appuie traditionnellement sur les échanges mutuels et le travail collectif. Si les fêtes sont exubérantes, c’est d’une part pour l’hôte une façon de donner à voir sa réussite et la grandeur de sa richesse. Mais c’est aussi pour en faire profiter le reste de la communauté.

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©Tatewaki Nio

Ces fêtes sont l’occasion de rappeler les valeurs fondamentales du peuple aymara et de les faire infuser dans la société bolivienne. Tatewaki Nio, photographe japonais qui présente ses clichés des cholets d’El Alto à l’exposition Photaumnales, espère voir « l’esprit d’entraide et de réciprocité, si caractéristique du peuple Aymara » se développer à El Alto, en même temps que la construction de nouveaux cholets.

Les Aymaras dans la population bolivienne

Longtemps ostracisés pendant la colonisation espagnole (1532-1825), les Aymaras sont de plus en plus intégrés depuis le début du XXIe siècle. L’arrivée au pouvoir d’Evo Morales en 2006, lui-même d’origine Aymara, y a grandement participé : en 2009, la nouvelle Constitution déclare officielles 36 langues autochtones en plus de l’espagnol. Aujourd’hui, les Aymaras représentent 25% des Boliviens et 80% de la population d’El Alto. 

Tatewaki Nio expose ses photos à Beauvais, au Giratoire des Maréchaux, dans le cadre Photaumnales, le festival de photographie en Haut-de-France, jusqu’au 31 décembre. 

Plus d’informations : https://www.photaumnales.fr/index.php/programme-2022  

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