En dehors des sentiers battus

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« Desire Lines, Leith Links » – © David Lemm
Appelés « lignes de désir » par certains, « sentiers de désir » par d’autres, ces chemins spontanés et instinctifs qui apparaissent sur les champs ou les pelouses piétinées des parcs, jardins et espaces verts deviennent sujets d’étude et d’inspiration artistique. Des exemples fascinants d’« auto-organisation décentralisée ».

Il suffit d’ouvrir les yeux pour les repérer partout dans le paysage. Les « lignes de désir » (aussi appelées « sentiers de désir ») sont ces petits chemins créés par le passage répété de personnes qui préfèrent esquiver les sentiers bétonnés prévus par les designers urbains. « Les urbanistes cherchent l’esthétique, alors que les piétons vont au plus pratique, au plus court, explique Mehdi Moussaïd, chercheur en science cognitive qui étudie les comportements collectifs. Souvent, les sentiers de désir correspondent à des angles à 90 degrés, qui se transforment en courbe, plus rapide. »

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Desire line on Diamond Creek Trail – ©Philip Mallis from Melbourne – WikiCommons

D’autres lignes contournent des obstacles, ou traversent de grandes étendues d’herbe sans chemin balisé. Dans tous les cas, il s’agit de gagner du temps. « Parce que le temps est précieux », philosophe le réalisateur Duncan Cowles, qui s’amuse de voir des gens « couper les chemins dans leur propre pelouse pour gagner seulement 2 secondes par jour ». L’artiste a réalisé une vidéo dans laquelle il répertorie de nombreuses lignes de désir du parc Holyrood à Edimbourg. « Je pense que ces lignes disent quelque chose sur notre impression de pouvoir marcher où nous voulons, peu importe où nous sommes autorisés à aller. »

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David Lemm utilise de l’herbe fraichement ramassée pour réaliser ces cyanotypes – « Desire Lines, Leith Links » – ©DavidLemm

Une façon de contester, de revendiquer la liberté de circulation, selon David Lemm, artiste plasticien qui a travaillé, lui aussi, sur les lignes de désir : « Dans la tradition de la désobéissance , ces lignes symbolisent également pour moi un besoin plus général de tracer son propre chemin. » Car si certains chemins apparaissent clairement du fait de leur popularité, d’autres sont empruntés par une seule personne, mais n’en sont pas moins illégitimes selon l’artiste. Une source d’inspiration pour ses cyanotypes.

«La première personne qui dévie du chemin marque l’environnement, puis donne l’idée à la suivante de passer par là. […] Au fur et à mesure, le sentier gagne en lisibilité»

Mehdi Moussaïd, chercheur en science cognitive, expert des comportements collectifs
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Sneckdown in Sofia, 2017 – ©Di Vassia Atanassova -WikiCommons
Reste que les sentiers les plus marqués sont ceux qui attirent l’œil jusqu’à créer des communautés de fascinés. Car ce qui fait la force d’un sentier, c’est le nombre de personnes qui l’ont emprunté. « La première personne qui dévie du chemin marque l’environnement, puis donne l’idée à la suivante de passer par là, explique Mehdi Moussaïd. Celle-ci renforce la marque, qui attire une troisième personne, etc. Au fur et à mesure, le sentier gagne en lisibilité. » Créant ainsi un « système d’auto-organisation décentralisée », sans chef ni décision concertée. C’est de l’« interaction indirecte : les individus se suivent sans se voir », décrypte celui qui anime la chaîne YouTube Fouloscopie.

Un mécanisme très intuitif, basé sur nos raccourcis de pensée, explique-t-il. « On n’est pas en train de réfléchir en permanence quand on marche. Il suffit que notre regard soit attiré par un autre chemin qui nous semble plus rapide pour que l’on s’y engage. »

Alors, exemple de coopération collective encourageant ou comportement individuel spontané et instinctif ? Dans Desire Lines, court-métrage qu’il a réalisé en 2022, Duncan Cowles compare notre rapport aux sentiers battus à notre manque de réaction face à l’urgence climatique. « Si nous choisissons toujours la voie de la facilité, sommes-nous collectivement condamnés à ne jamais résoudre les grands problèmes de notre monde avant qu’il ne soit trop tard ? »

David Lemm, lui, se veut plus optimiste et y voit plutôt un message d’espoir : « Les lignes de désir nous montrent qu’il y a toujours un autre chemin », conclut-il.

Pour aller plus loin :

Fouloscopie, la chaîne YouTube de Mehdi Moussaïd et A-t-on besoin d’un chef ?, son dernier livre.
Instagram : @fouloscopie

Desire Lines, le court-métrage de Duncan Cowles. 
Instagram : @duncancowles

Site web de David Lemm : davidlemm.co.uk
Instagram : @david_lemm

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