
Il suffit d’ouvrir les yeux pour les repérer partout dans le paysage. Les « lignes de désir » (aussi appelées « sentiers de désir ») sont ces petits chemins créés par le passage répété de personnes qui préfèrent esquiver les sentiers bétonnés prévus par les designers urbains. « Les urbanistes cherchent l’esthétique, alors que les piétons vont au plus pratique, au plus court, explique Mehdi Moussaïd, chercheur en science cognitive qui étudie les comportements collectifs. Souvent, les sentiers de désir correspondent à des angles à 90 degrés, qui se transforment en courbe, plus rapide. »

D’autres lignes contournent des obstacles, ou traversent de grandes étendues d’herbe sans chemin balisé. Dans tous les cas, il s’agit de gagner du temps. « Parce que le temps est précieux », philosophe le réalisateur Duncan Cowles, qui s’amuse de voir des gens « couper les chemins dans leur propre pelouse pour gagner seulement 2 secondes par jour ». L’artiste a réalisé une vidéo dans laquelle il répertorie de nombreuses lignes de désir du parc Holyrood à Edimbourg. « Je pense que ces lignes disent quelque chose sur notre impression de pouvoir marcher où nous voulons, peu importe où nous sommes autorisés à aller. »



Une façon de contester, de revendiquer la liberté de circulation, selon David Lemm, artiste plasticien qui a travaillé, lui aussi, sur les lignes de désir : « Dans la tradition de la désobéissance , ces lignes symbolisent également pour moi un besoin plus général de tracer son propre chemin. » Car si certains chemins apparaissent clairement du fait de leur popularité, d’autres sont empruntés par une seule personne, mais n’en sont pas moins illégitimes selon l’artiste. Une source d’inspiration pour ses cyanotypes.
«La première personne qui dévie du chemin marque l’environnement, puis donne l’idée à la suivante de passer par là. […] Au fur et à mesure, le sentier gagne en lisibilité»

Alors, exemple de coopération collective encourageant ou comportement individuel spontané et instinctif ? Dans Desire Lines, court-métrage qu’il a réalisé en 2022, Duncan Cowles compare notre rapport aux sentiers battus à notre manque de réaction face à l’urgence climatique. « Si nous choisissons toujours la voie de la facilité, sommes-nous collectivement condamnés à ne jamais résoudre les grands problèmes de notre monde avant qu’il ne soit trop tard ? »
Pour aller plus loin :
Fouloscopie, la chaîne YouTube de Mehdi Moussaïd et A-t-on besoin d’un chef ?, son dernier livre.
Instagram : @fouloscopie
Desire Lines, le court-métrage de Duncan Cowles.
Instagram : @duncancowles
Site web de David Lemm : davidlemm.co.uk
Instagram : @david_lemm



