Des sons, des mots, des voix, des images. Invitée par la créatrice italienne Miuccia Prada au cœur du Palais d’Iéna – là même où cette dernière organise traditionnellement ses défilés –, Alice Diop transpose pour la première fois son regard de cinéaste dans un espace d’exposition. Elle imagine ici Geste de Consolation, un parcours sensible et immersif, où cinéma, photographie, sculpture, poésie, danse, musique et performance s’entremêlent et se répondent pour interroger la représentation des femmes noires à travers l’histoire. Des œuvres et des voix qui ont nourri et accompagné Alice Diop, et, selon ses propres mots, « guérie ». C’est un espace de mémoire, de transmission, d’émancipation. Et un hommage à la créativité féminine noire. « Je souhaite que l’exposition que j’organise en tant que commissaire soit centrée sur les actes de consolation conçus par des artistes femmes noires, chacune dans sa propre discipline, afin de réparer les torts causés par le regard fétichisant auquel des siècles d’histoire de l’art nous ont confinées », raconte la cinéaste française, déjà deux Césars à son actif.

Comme un montage cinématographique
Le parcours qu’elle a imaginé pour l’exposition s’ouvre avec une photographie de l’artiste sud-africaine Zanele Muholi, avant de conduire les visiteurs devant une installation vidéo à deux écrans : des images d’archives et des extraits de films qui ont profondément marqué son regard, certaines chargées de violence, d’autres porteuses de consolation. Vient ensuite « Chambre à soi », un salon-bibliothèque au cœur de l’architecture monumentale du Palais d’Iéna. Sur une mosaïque de tapis colorés ornés de motifs de la guilteuse américaine de 91 ans Mary Lee Bendolph, les visiteurs découvrent les livres qui ont accompagné la cinéaste. Ouvert à toutes et à tous, l’espace invite à lire, rêver et imaginer de nouvelles formes d’émancipation. Un peu plus loin, une scène accueille des performances, des lectures en direct de textes écrits par des romancières et poétesses engagées (telles les Françaises Marie Ndiaye, Penda Diouf, la Britannique Zadie Smith ou encore les Américaines June Jordan, Audre Lorde), une adaptation de Prophétique de la chorégraphe ivoirienne Nadia Beugré, ainsi que les compositions de la musicienne américaine Angel Bat Dawid et de son ensemble, Sistazz of the Nitty-Gritty.

« Je souhaite réparer les torts causés par le regard fétichisant auquel des siècles d’histoire de l’art nous ont confinées »
L’exposition s’achève devant Sentinel (Mami Wata), une sculpture de 5 m de haut de SImone Leigh. Telle une gardienne silencieuse de l’exposition, cette figure féminine veillée par un serpent semble observer les regards qui se croisent tout au long du parcours.

Pensé comme un montage cinématographique, Geste de Consolation se découvre par fragments, par rapprochements et par émotions. Chaque son, chaque image, chaque présence composent une expérience pour le visiteur. Un chemin de mémoire et de réparation libératrice.
EN PRATIQUE
L’exposition Geste de Consolation est présentée dans le cadre du programme public d’Art Basel Paris, avec le soutien de Miu Miu.
Dates : du 21 au 25 octobre 2026.
Horaires : de 10 h à 19 h.
Adresse : Palais d’Iéna, 9 place d’Iéna, 75016 Paris.
Entrée gratuite.





