Martin Margiela, l’Art de transmettre

« La beauté, c’est ce qui résiste à l’oubli », nous confiait Martin Margiela dans le dernier numéro. Quelques mois plus tard, le créateur orchestre un nouveau geste à son image : discret, radical et profondément symbolique. À Paris, il dévoile pour la première fois ses archives personnelles avant de les disperser lors d’une vente aux enchères exceptionnelle, faisant de la disparition un ultime acte de création.

© Marc Chatelard
© Marc Chatelard

« La beauté, c’est ce qui résiste à l’oubli », nous confiait Martin Margiela dans le dernier numéro. Quelques mois plus tard, le créateur orchestre un nouveau geste à son image : discret, radical et profondément symbolique. À Paris, il dévoile pour la première fois ses archives personnelles avant de les disperser lors d’une vente aux enchères exceptionnelle, faisant de la disparition un ultime acte de création.

ll y a quelque chose de très margielien dans cette façon de disparaître en laissant les objets parler. Du 4 au 8 juillet, Martin Margiela présente à Paris, sans doute sans jamais s’y montrer, près de quarante ans d’archives personnelles, avant leur mise aux enchères le 9 juillet. Une exposition gratuite, pensée comme un prélude à la vente, dans une ville qui fut le théâtre de ses débuts, lorsque la Maison Margiela ouvrait sa première boutique en 1988.

Tout, chez lui, aura consisté à déjouer les attentes. Formé à l’Académie royale des Beaux-Arts d’Anvers, puis auprès de Jean Paul Gaultier, Martin Margiela s’est imposé en refusant les conventions autant que les honneurs : des mannequins au visage dissimulé, des vêtements qui brouillent les catégories, un anonymat érigé en manifeste, jusqu’à son départ de sa propre maison en 2008, sans mise en scène ni déclaration.

Cette fois encore, le geste déplace les usages. En devenant le premier créateur de mode à exposer, puis à vendre ses archives personnelles de son vivant, Margiela ne signe pas une rétrospective. Il organise la circulation de son histoire. Les objets changent de mains, mais continuent d’exister.

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Bottines Tabi recouvertes de signatures et de dédicaces. – © Angelina Johansson

Cette transmission prolonge une réflexion que le créateur nourrit depuis toujours. Lui qui voyait dans la disparition une forme de beauté semble offrir à ces objets une nouvelle existence, comme si leur départ était aussi la condition de leur permanence.

Les quelque 200 lots racontent autant un parcours qu’une manière de regarder le monde. Un portfolio de 1987, le téléphone de son bureau datant de 1988, des poupées Barbie habillées par Margiela en 1989, plusieurs pièces issues de la garde-robe de sa mère qu’il transforma durant ses années chez Hermès, ou encore l’une de ses emblématiques paires de bottines Tabi. Autant de fragments d’une œuvre qui rejoindront bientôt les collections de passionnés, à l’issue de la vente organisée par Maurice Auction en collaboration avec Kerry Taylor Auctions. A la demande du créateur, une partie des bénéfices sera reversée à une association engagée dans la lutte contre le sida.

Martin Margiela ne laisse pas ses archives attendre l’histoire : elles poursuivent leur trajectoire. Comme si, chez Margiela, transmettre avait toujours compté davantage que conserver.

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Bustes mannequins, portant prototypes et pièces emblématiques. – © Angelina Johansson

Exposition des archives de Martin Margiela : du 4 au 8 juillet, de 11h00 à 18h00

Vente aux enchères : le jeudi 9 juillet 2026, à 14h00

Adresse : 71, rue de la Fontaine-au-Roi, Paris 11e arrondissement

Pour l’exposition, entrée gratuite sur réservation via le site de Maurice Auction

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