LE CHANT DES VILLES

Une façade de supermarché, un chantier à moitié fini, un immeuble bombardé, une scène urbaine en céramique. À la Galerie du Jour agnès b., l’exposition «Le Chant des villes» réunit des artistes qui nous invitent à regarder la ville autrement. De Paris à Kharkiv, en passant par Londres, Marseille ou Séoul, les paysages urbains se réinventent à travers la peinture, le dessin mais aussi une photographie qui s’émancipe.

Topoï N°131 - Saint Denis - Tour Pleyel, 2018 Encre et gouache sur papier © Claire Nicolet

Une façade de supermarché, un chantier à moitié fini, un immeuble bombardé, une scène urbaine en céramique. À la Galerie du Jour agnès b., l’exposition «Le Chant des villes» réunit des artistes qui nous invitent à regarder la ville autrement. De Paris à Kharkiv, en passant par Londres, Marseille ou Séoul, les paysages urbains se réinventent à travers la peinture, le dessin mais aussi une photographie qui s’émancipe.

Le thème semble presque écrit pour la Galerie du Jour tant la ville a toujours été un terrain de jeu pour agnès b. La créatrice la photographie depuis toujours et y a découvert nombre d’artistes qu’elle a ensuite exposés. L’infatigable défricheuse de talents a toujours regardé du côté de la rue, là où les artistes apparaissent souvent avant d’entrer dans les radars. Créée en 1984 rue du Jour, puis installée rue Quincampoix avant de rejoindre La Fab. dans le XIIIe arrondissement, sa galerie poursuit depuis plus de quarante ans la même ligne : repérer les artistes loin des effets de mode, les montrer et les soutenir.
mandy payne much loved much missed 2025
Much loved much missed, 2025
peinture aérosol et huile sur béton
© Mandy Pane
Parmi les découvertes, la Britannique Mandy Payne. Avant de devenir peintre à plein temps, l’Anglaise a travaillé vingt-cinq ans comme chirurgienne-dentiste. Aujourd’hui, elle peint sur du béton les architectures brutalistes et les logements sociaux de Sheffield, avec une tendresse particulière pour les bâtiments promis à la disparition. Much loved much missed, son ancien Woolworths un peu triste, mérite largement qu’on s’y attarde tant il révèle la beauté du banal. Même plaisir devant les petits formats de Nicolas Boulben, architecte de métier et peintre autodidacte, qui trouve son inspiration au fil de ses déambulations dans la ville. Chantiers ou bâtiments qui n’ont a priori aucune qualité remarquable sont isolés dans de délicates compositions picturales qui montrent avec une forme de tendresse le quelconque qui nous entoure.
julie rochereau cumuli les jardins 2025

Cumuli, Les Jardins, 2025
Epreuve gélatino-argentique sur verre récupéré, peinture, socle de terre crue
© Julie Rochereau

Mais le plus inattendu est peut-être du côté de la photo expérimentale. Chloé Sharrock reprend les photographies réalisées durant ses reportages en zones de guerre pour les recouvrir de charbon ou de fusain. Dans Interior I, Kharkiv, l’image d’un bâtiment éventré par les bombardements devient une œuvre troublante, à mi-chemin entre photographie et dessin. Comme si, en reprenant la main sur l’image, l’artiste cherchait aussi à reprendre prise sur ce qui a été détruit. À découvrir aussi, les photographies d’Alexandre Dupeyron, qui aime se perdre dans les villes pour en saisir les mouvements. Dans sa série Dysnomia, les silhouettes deviennent des apparitions, happées par une lumière bleue presque irréelle. L’artiste utilise la gomme bichromatée, un ancien procédé de tirage aux pigments qui donne à ses images des allures de peinture. Fascinant.

Et ce n’est qu’un aperçu des regards à découvrir dans cette exposition avant de prolonger la visite avec la collection personnelle d’agnès b., également exposée à La Fab. Une occasion supplémentaire de se promener dans l’univers de cette collectionneuse insatiable.

Le Chant des villes, Galerie du Jour agnès b., La Fab., Paris 75013, jusqu’au 25 octobre 2026. 

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