
C’est l’heure, après deux ans d’attente. Le 9 mai, la Biennale d’art contemporain de Venise a pris place sur les rives du Grand Canal. Une ouverture des plus remarquées : les nombreux appels à exclure Israël et la décision de l’institution d’autoriser l’Ukraine en 2023 ont fait de l’exposition internationale d’art un événement d’autant plus politique qu’il ne l’est déjà. Plus récemment encore, c’est la présence des Etats-Unis qui a suscité des réactions après les attaques orchestrées par le président Donald Trump contre l’Iran. Autre événement marquant : la perte soudaine, l’an dernier, de sa commissaire Koyo Kouoh a plongé l’équipe dirigeante de la Biennale dans la tristesse et la consternation. La curatrice suisso-camerounaise, grande figure de l’art contemporain qui avait été nommée à la tête de cette 61e édition, est décédée l’an dernier des suites d’un cancer.

Le titre et le thème que Koyo Kouoh avait choisi pour cette édition est In Minor Keys (En tonalités mineures). Un thème qui, selon ses propres mots, met à l’honneur les petites nuances qui influencent le quotidien en appelant à « aller vers les fréquences mineures, perdues dans la cacophonie du chaos actuel ». Plus de 100 pavillons nationaux sont à découvrir, des fondations et des galleries à visiter aux quatre coins de la Cité des Doges. Vous avez jusqu’au 22 novembre pour vous y aventurer, et nous vous avons fait une sélection des expositions à ne pas rater.
1. La télévision et son emprise sur la sphère privée



Prix : accès inclus avec le ticket d’entrée (adultes : 30€ ; –26 ans : 16€ ; adultes + 65 ans : 20€ ; enfants : gratuit)
Adresse : Pavillon suisse, Giardini della Biennale di Venezia, Venise, Italie.
Date : 9 mai au 22 novembre 2026
Site Web : prohelvetia.ch/fr
Instagram : @prohelvetia_venice
2. Critique en pleine face de Venise


« Je ne suis pas une touriste, je vis ici », peut-on lire sur le tee-shirt d’un vacancier en escapade. C’est avec un regard presque acerbe que Hernan Bas présente son exposition The Visitors, à Venise, cette ville envahie par les foules comme nulle autre. A travers plus de 30 œuvres inédites, l’artiste américain met en scène une galerie de « visiteurs » – il préfère ce terme à celui de touriste, qu’il juge plus sinistre – composé d’hommes blancs privilégiés. Avec beaucoup de finesse et d’humour, Bas transforme ces personnages en figures inquiétantes, presque grotesques : ces derniers voyagent avec en tête une quête insatiable de loisirs et de distinction sociale. Une exposition particulièrement lucide sur les effets de ce tourisme guindé, à retrouver en parallèle de la Biennale.



2. Herman Bas peint quasiment toujours des hommes blancs assez fins. – © Andrea Rossetti
Prix : 15 € le ticket et 7,50 € à prix réduit
Adresse : Ca’ Pesaro Sale Dom Pérignon, II Piano, Venise, Italie.
Date : 7 mai au 30 août 2026
Site Web : capesaro.visitmuve.it
Instagram : @museocapesaro
3. Des mémoires très politiques

Que reste-t-il des idéologies une fois les régimes disparus ? Au Pavillon allemand, l’exposition Ruin réunit le travail des artistes Sung Tieu et Henrike Naumann – morte en février dernier – pour explorer les traces laissées par l’histoire allemande à travers l’espace public et domestique. A l’extérieur, une façade monumentale héritée du passé nazi. A l’intérieur, une installation qui trannsforme les meubles et les objets du quotidien en des symboles idélogiques. Le projet révèle comment la politique s’infiltre jusque dans l’intimité des foyers : elle habite les lieux autant que les récits collectifs. Une exposition qui interrroge autant un passé révolu qu’un présent encore traversé par des fractures vives.


1. Sung Tieu, « Human Dignity Shall Be Inviolable », 2026. Courtesy the Artist. – © Andrea Rossetti
2. . Henrike Naumann, « The Home Front », 2026. Courtesy the Artist. – © Jens Ziehe, Berlin
Prix : accès inclus avec le ticket d’entrée
Adresse : Pavillon allemand, Giardini della Biennale di Venezia, Venise, Italie.
Date : 9 mai au 22 novembre 2026
Site Web : ifa.de/en/
Instagram : @ifa.de
4. Made in Maroc


Avec Venise, 1447, le créateur maroco-britannique Hassan Hajjaj rejoue ses classiques. Pour celui qui s’est hissé parmi les grands noms du Pop Art contemporain, en tirant le portrait de Billie Eilish ou Cardi B à la mode marocaine, l’artiste rassemble ses compositions les plus emblématiques et flamboyantes. Il y mêle une esthétique populaire et détourne les codes du genre : cadres faits de matériaux industriels, objets du quotidien, logos de marques, vêtement à la frontière des traditions berbères et de la street culture. Avec ces couleurs vives, Hajjaj construit un langage visuel joyeux mais subversif en interrogeant les représentants et les identités postcolonialismes.

Date : 5 mai au 27 juin 2026
Instagram : @193gallery
5. Célébration des marges



Au Pavillon écossais, le duo formé par Davide Bugarin et Angel Cohn Castle présente Shame Parade. Inspiré du charivari – ces défilés du XIVe siècle visant à humilier celles et ceux qui s’écartent des normes sociales –, le projet questionne les mécanismes de surveillance des corps et des identités. En mêlant références écossaises, folklore philippin et culture drag, les deux artistes explorent la manière dont la honte, le regard public et la pression à la conformité continuent de marquer les personnes queer aujourd’hui. Une exposition qui vient finalement détourner ces pressions, manière de les combattre.
Prix : accès inclus avec le ticket d’entrée
Adresse : Pavillon écossais, Olivolo Castello 59/C, Venise, Italie.
Pour plus de renseignements sur la programmation de la Biennale : labiennale.org



