BEAU MAGAZINE — Nous nous retrouvons à la Soho House, dont vous êtes membre, pour parler musique. Dehors, Paris est traversée par une mobilisation lycéenne. Quel regard portez-vous sur cette jeunesse qui descend dans la rue, et sur les raisons qui la poussent à se mobiliser ?
Jules — J’ai 27 ans, je ne me sens pas comme leur représentant ou leur porte-parole mais j’ai envie de soutenir ces lycéens. Je suis très fier de les voir se mobiliser. Ils réussissent à faire passer des messages. C’est une génération connectée qui sait s’engager.
BEAU MAGAZINE — Vous avez grandi avec les réseaux sociaux, sous le regard des autres. Comment se construit-on quand on est exposé aussi jeune, et que l’image que l’on renvoie devient publique ?
Jules — Au début, je me suis jeté à corps perdu dans une nouvelle version de moi même. Je partageais toute ma vie, je rencontrais des gens qui finalement me ressemblaient beaucoup. Je suis devenu connu, j’ai commencé à gagner de l’argent. Tout avait quelque chose d’irréel, comme un rêve. Puis j’ai traversé une crise identitaire : qui était le vrai Jules ? J’avais l’impression de porter en permanence un tee-shirt Sundy Jules. Et quand je l’enlevais, je ne savais plus vraiment qui j’étais. Cela m’a forcé à trouver ma place hors caméra. Heureusement, j’étais bien entouré, j’ai de supers amis et je suis super fier de mon parcours. Je suis désormais ancré dans ma vie.
BEAU MAGAZINE — Si votre enfant vous annonçait, à 14 ans, vouloir se lancer sur les réseaux sociaux, quelle serait votre réaction ?
Jules — Je ne pourrais pas lui interdire quelque chose que j’ai moi-même fait, mais je voudrais le protéger. Je ne le médiatiserais pas : c’est son enfance, son image, et ce serait à lui de décider s’il veut s’exposer. Et j’attendrais ses 14 ans. Attendre au moins le lycée, le temps de lui faire découvrir des livres, lui transmettre la musique, l’emmener au cinéma et lui permettre de se construire.
BEAU MAGAZINE — Pour vous, avant les réseaux, il y avait la musique. Comment est née cette envie longtemps cachée de chanter ?
Jules — De la Star Academy ! J’ai toujours aimé la musique mais j’étais trop timide pour oser. J’ai grandi à la campagne, à une heure de Paris, personne dans mon entourage n’était chanteur ou musicien. Il n’y avait même pas d’école de musique à proximité pour se mettre sur ce chemin. J’ai commencé par chanter dans ma chambre, les Black Eyed Peas, Katy Perry, Lady Gaga puis j’ai fini par faire des vidéos sur YouTube. Sundy Jules est né et j’ai laissé ce rêve de côté.
BEAU MAGAZINE — Il y a eu pourtant une première tentative en 2021 avec la sortie d’une premier morceau, Écho…
Jules — C’était mon premier titre, ma première fois en studio, mon premier enregistrement, la première fois que j’entendais ma voix ainsi… Je me sentais complètement à nu. J’étais jeune, un peu naïf, et je découvrais tout. C’était un premier pas, mais les mauvaises rencontres, un échec amoureux et la perte de confiance qui a suivi m’ont finalement conduit à tout arrêter.
BEAU MAGAZINE — Cinq ans plus tard, qu’est-ce qui a changé ?
Jules — Les épreuves font grandir. Ce sont souvent les plus grosses peines qui donnent les meilleures chansons (sourires). J’ai aussi une relation beaucoup plus saine avec la musique. Je sais où je veux aller. Aller en studio, écrire avec des gens, faire des rencontres, c’est un vrai plaisir retrouvé. Je me sens aussi plus fort, donc je peux vraiment profiter de ce que je fais.
BEAU MAGAZINE — Comment est né Nuit américaine, votre nouveau morceau que nous n’avons donc pas encore écouté ?
Jules — Après un passage à la Star Ac, j’ai reçu plein de messages m’invitant à me remettre à la musique. J’ai pris mon courage à deux mains et je suis retourné en studio. J’ai rencontré notamment Olympe Chabert (coautrice du morceau) et Olivier Ryon (compositeur). Le morceau s’appuie sur des sonorités pop rock et raconte une histoire d’amour vécue à l’île de Ré. Il y a notamment une référence à la Pergola, cette boîte de nuit qui donne sur la plage, où l’on danse jusqu’au petit matin. Il y a de la mélancolie, le souvenir d’une histoire, mais aussi de l’espoir.
BEAU MAGAZINE — Pourquoi avoir choisi de raconter une histoire d’amour ?
Jules — Les chansons qui parlent d’amour, ça doit représenter à peu près 70 % de ce que j’écoute ! Cela me touche et me permet aussi d’exprimer mes souffrances passées. Ce n’est pas rien pour moi.
BEAU MAGAZINE — Vous produisez votre EP de manière indé, pourquoi ?
Jules — J’ai rencontré des labels, des gros labels même. Mais j’avais envie de sortir ce premier titre seul pour voir comment il serait accueilli. Me passer aussi des intermédiaires, éviter les erreurs du passé.
BEAU MAGAZINE — Votre clip a une esthétique très cinématographique. Comment avez-vous imaginé cet univers ?
Jules — J’ai écrit le clip, j’en ai confié la réalisation à Jules (Ryma, ndlr), un jeune réalisateur dont j’adore le travail et en qui j’ai une confiance aveugle. L’actrice, c’est Jeanne, mon amie et assistante. Pour le lieu, l’île de Ré était une évidence. J’y passe mes vacances depuis l’enfance. J’y ai mes aventures de jeunesse, mes histoires d’amour. Il y a une piste cyclable où les rayons du soleil traversent les pins. J’ai toujours trouvé ça sublime, et je voulais absolument retrouver cette image dans le clip. Elle faisait partie de mon moodboard dès le départ.
BEAU MAGAZINE — Vous vous exposez depuis l’adolescence sur les réseaux sociaux, où vous rassemblez aujourd’hui 3,6 millions d’abonnés sur Instagram et TikTok, et 1,27 million sur YouTube. Vous partagez votre quotidien, parfois des moments très intimes, et pourtant, lorsqu’il s’agit de votre musique, vous semblez plus réticent à vous dévoiler. Comment l’expliquez-vous ?
Jules — Sur les réseaux, les gens me suivent pour le divertissement et la création de contenu. La musique est un art plus subjectif. Elle peut diviser, générer beaucoup de critiques, s’y remettre demande du courage.
« Je n’ai pas envie de me mettre la pression pour devenir la pop star de demain. Je veux juste faire de la musique. »


BEAU MAGAZINE — Est-ce que vous avez peur qu’on considère ce morceau comme « le projet musical d’un influenceur » avant même de l’écouter ?
Jules — Je sais que lorsqu’on vient des réseaux sociaux, on peut avoir du mal à être pris au sérieux dans d’autres secteurs. Mais quand tu crois en ton projet et que tu t’investis sur le long terme, tu peux y arriver. Il faut apprendre à croire en soi ! L’influence fait partie de mon parcours et je n’ai jamais eu honte de ça. Je veux pouvoir continuer à créer du contenu tout en développant ma musique, sans avoir à choisir entre les deux. On est en 2026, un artiste peut être acteur, chanteur, influenceur… Je trouve ça génial de pouvoir explorer plusieurs univers, sans me prendre trop au sérieux. Certains vont continuer à regarder mes vidéos YouTube, d’autres vont préférer écouter ma musique, et c’est très bien. Aujourd’hui, on peut avoir plusieurs facettes.
BEAU MAGAZINE — Que rêvez-vous pour la suite ?
Jules — Continuer l’influence en étant bien entouré professionnellement et continuer la musique. Écrire, composer et sortir de bons sons sans dépendre d’une stratégie. La scène serait un rêve, un de mes goals reste de faire l’Olympia. Sans prise de tête, oser me lancer. J’ai encore peur, mais ma passion est toujours plus forte. Donc let’s go !
Le clip de Nuit américaine à retrouver ici :

© Jules Ryma





