Dessine-moi un souvenir

Un après-midi d’octobre, bloc de dessin et stylo Bic en main , à l’entrée du village du Tour, en Haute-Savoie. Au premier plan, une minuscule chapelle, puis une enfilade d’antiques chalets. Au loin, derrière le clocher couvert de tavaillons, un glacier aux reflets turquoise, quelques aiguilles poudrées de blanc, et tout autour, des montagnes couvertes de verts épicéas et de mélèzes dorés. Le fracas d’un torrent couvre le bruit des travaux sur la nouvelle télécabine qui, à 300 mètres, l’hiver prochain, drainera toujours plus de skieurs, lesquels passeront sans doute devant ce petit hameau sans vraiment le voir. Peut-être qu’ils prendront une photo ? L’image ira alimenter leur compte Instagram. Vite captée, aussitôt oubliée.

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1. Château de Suscino, Sarzeau.
2. Le Tour, Haute-Savoie.
3. En stage de peinture à Ouessant.

S’asseoir pour dessiner sa rue, peindre le village des vacances ou croquer l’arrêt de bus, voilà une façon de reprendre la main sur le temps qui file et le moyen de regarder vraiment. Une façade de maison fatiguée, une rue tortueuse, une devanture de boutique illuminée par le soleil… La concentration nécessaire pour reproduire un détail de corniche ou de balustrade en bois permettra de ne pas l’oublier. Le crayon plus sûrement que le smartphone imprime l’image sur la rétine, et avec l’image, tout l’instant. Mais en plus du souvenir, le dessin crée du lien. Une personne assise qui dessine attire les curieux de tous âges, et la discussion s’engage.

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1. Grazalema, Espagne.
2. Pyramide du Louvre, Paris.
3. Saint-Etienne-Les-Orgues.

Pratique traditionnellement solitaire, le dessin sur le vif, in situ, se conjugue aussi au pluriel, comme le démontre la communauté des Urban Sketchers. En 2007, à Seattle, Gabriel Campanario, journaliste-dessinateur américain, a l’idée de regrouper via un forum en ligne des dessinateurs « du quotidien », qui « documentent le monde, dessin après dessin », l’exceptionnel comme le banal, en voyage ou au coin de la rue. A l’origine réservé à un collectif d’artistes professionnels, le mouvement est aujourd’hui ouvert à tous, pros comme amateurs, gratuitement, partout dans le monde : en seize ans, 300 déclinaisons locales (chapters) ont été créées par des bénévoles dans plus de 60 pays et 394 villes dont, en France, Cherbourg, Clermont, Lyon, Lille, Paris… Ces chapters sont recensés sur le site d’Urban Sketchers, ou repérables sur les réseaux par le hashtag #urbansketchers (1,8 million de publications), ce qui permet de les contacter facilement pour participer à une session de dessin, même sans être adhérent, près de chez soi ou à l’autre bout du monde. Respecter le manifeste des Urban Sketchers est la seule « obligation ».

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1. Nuit ensoleillée et matin pluvieux à Lille.
2. Danseuses du conservatoire de Boulogne.
3. Au parc Phoenix, Nice.

Il faut impérativement dessiner sur le vif et pas d’après photo, être fidèle aux  scènes représentées, encourager les autres sketchers… Dans la capitale, l’antenne locale Urban Sketchers Paris s’est constituée en association en 2019,  sous l’impulsion de Marion Rivolier, artiste et scénographe. Sa centaine d’adhérents, ainsi que ses 30 000 followers sur Instagram et plus de 1000 sur Facebook organisent au gré des disponibilités et des envies des uns et des autres des sessions de dessin en groupe, toujours ouvertes à tous et toutes. Des événements baptisés drink and draw car, après le dessin, on se retrouve autour d’un verre, pour «redessiner» le monde.

Site web : paris.urbansketchers.org

Instagram : @uskparis – Facebook : Paris Sketchers

Crédits photos : Sandrine Chesnel, Marion Rivolier, Urban Sketchers Paris

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