Paul McCartney, l’éternel engagé

Icône planétaire, à 84 ans, l’ex-Beatle reste l’un des artistes les plus engagés : végétarien convaincu et défenseur des animaux, il prône une frugalité joyeuse, fidèle à son idéal de paix. Portrait.

Lors de March for Our Lives, manifestation contre les armes à feu, à New York (2018) - © Spencer Platt/ Getty Images via AFP

Icône planétaire, à 84 ans, l’ex-Beatle reste l’un des artistes les plus engagés : végétarien…

Au Royaume-Uni, quand Sir Paul McCartney prend la parole, le pays écoute. Figure d’une royauté parallèle, celle de la pop, il incarne à lui seul une certaine idée de la culture britannique : populaire, tenace, respectée. Ses mots ont donc pesé quand, en 2025, il a choisi de défendre une cause qui dépasse la musique : la création elle-même. Avec Elton John, Dua Lipa et d’autres figures majeures de la scène britannique, il a signé une lettre ouverte adressée au gouvernement de Keir Starmer, allant même jusqu’à participer à un album de protestation entiérement silencieux. Objectif : dénoncer un projet de réforme des droits d’auteur qui autoriserait de fait l’intelligence artificielle à puiser librement dans les œuvres existantes. Paul McCartney plaide pour une régulation ferme de l’IA, afin que la nouvelle génération de créateurs puisse continuer à vivre de son travail. Il prêche en partie pour sa paroisse ; pas question d’affaiblir le copyright. « N’importe qui pourra s’approprier [une chanson]. La vérité, c’est que l’argent irabien quelque part ; quelqu’un sera payé, alors pourquoi pas le gars qui s’est assis et a écrit Yesterday [c’est-à-dire lui] ? », tonne-t-il à la BBC. Ironie du sort, c’est bien lui qui, en 2023, avait accepté que l’intelligence artificielle ressuscite la voix de John Lennon pour Now and Then, une chanson d’amour restée inachevée dans les cartons depuis les années 1970. Avec Ringo Starr, l’autre survivant du quatuor, McCartney avait rendu vivant un fragment de leur histoire commune. Cette fois-ci, disait-il, « c’était pour la bonne cause ». Après plus de soixante ans de carrière, Paul McCartney n’a rien du gentil retraité passionné de jardinage, entouré de ses petits-enfants, comme il se décrivait dans When I’m 64, titre écrit avant ses 18 ans. « Will you still need me? », demandait-il alors. Il est à parier que quand « he will be 84 », le 18 juin 2026, la réponse restera la même : « Oui ! » Loin de ralentir, l’octogénaire revient en pleine lumière pour raconter une période souvent éclipsée par la légende des Beatles : celle des Wings, son second envol. Une compilation, un livre et un documentaire(1) retracent ces années où il s’est réinventé. Icône vivante au visage connu dans le monde entier, « Macca », comme on le surnomme, reste, avec Mick Jagger, l’un des derniers de sa génération capables de remplir des stades. Et pourtant, on l’a surpris à faire la queue comme n’importe qui dans un deli de Los Angeles : casquette bleu marine, capuche, sandales Velcro, au bras de sa troisième épouse, Nancy Shevell. Une scène banale pour un homme que le monde entier considère comme un mythe.

« Paul, c’est le gentil parmi les gentils »

— Laurent Laurent, écrivain
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Photo de promo du groupe Wings, groupe fondé par Paul McCartney en 1971, un an après la séparation des Beatles – © 1979 MPL Communications Ltd / Gene Nocon

Une voix extraordinaire, celle du XXe siècle avec Sinatra et Nat King Cole. Il a rendu le monde un peu moins infernal.» Sans en faire la moindre publicité, McCartney apporte son aide depuis des décennies à un ensemble d’organisations qui traduisent ses. valeurs. Parce qu’il croit au pouvoir réparateur de la musique, il soutient Nordoff and Robbins, une fondation britannique de musicothérapie, ou des initiatives comme Everyone Matters, qui encourage le respect et la diversité. Il se produit régulièrement pour des causes de santé ou humanitaires, du Teenage Cancer Trust à Adopt-A-Minefield, au profit des victimes de mines antipersonnel. On le retrouve aussi dans les grandes mobilisations musicales : Live Aid en 1985, le Concert for New York après le 11 septembre 2001, Make Poverty History en 2006. Pendant la pandémie de Covid-19, il participe au concert virtuel One World : Together at Home, chantant au piano, depuis son salon, Lady Madonna, en hommage aux soignants. Mais de toutes ces causes, c’est celle des animaux et du végétarisme qui concentre le plus son énergie. Depuis les années 1970, il milite sans relâche pour un mode de vie respectueux du vivant. Ambassadeur influent de Peta (pour un traitement éthique des animaux), il s’engage aussi aux côtés de The Vegetarian Society, Cruelty Free International, One Voice et Greenpeace. Il refuse la fourrure comme le cuir, et signe dès 1993 Looking for Changes, un titre dénonçant les tests sur les animaux. En 2009, avec ses filles Stella et Mary, il lance Meat Free Monday, initiative invitant à renoncer à la viande un jour par semaine pour limiter l’impact de l’élevage industriel sur la planète. Cet engagement s’enracine dans sa vie intime. Sa rencontre avec Linda McCartney en 1967, fut décisive : c’est avec elle qu’il est devenu végétarien. Paul a souvent raconté le déclic : il découpait un rôti tout en regardant les agneaux de leur ferme par la fenêtre, lorsque ce choix lui est apparu comme une évidence. « La visite d’un abattoir est le meilleur argument pour ne plus manger de viande », résumait souvent Linda. Photographe, écologiste et référence du végétarisme moderne, elle a fondé une entreprise pionnière de plats végétariens (Linda McCartney Foods) et publié des best-sellers sur le sujet. Après sa mort d’un cancer du sein, en 1998, Paul poursuit leur combat commun.

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Mohamed Ali fait un peu d’entraînement
avec les Beatles, en 1964. – © Paul Slade / Paris Match / Scoop

« Le végétarisme règle tellement de choses d’un seul coup : l’écologie, la famine, la cruauté animale. Combien d’études pointent les effets néfastes des élevages industriels pour la planète ? Il y a un impact sur nos ressources d’eau qui s’épuisent, sur nos sols, mais aussi sur la faim dans le monde », explique-t-il à Forbes France, en 2021. Pour l’auteur Philip Norman joint à Londres, qui connaît ses « Paul » et ses « John » par cœur (il a consacré une biographie monumentale à chacun), les engagements politiques et sociaux renvoient d’abord à l’autre Beatle : John Lennon, celui d’Imagine et de Give Peace A Chance, celui qui, avec Yoko Ono, finançait toutes les causes, des plus grandes aux plus perdues. Entre eux, il y eut parfois rivalité dans cette émulation permanente pour être le plus sincère des apôtres. Mais « le Beatle mignon », au regard de biche, a pour lui la longévité des mots et de la musique. Après la mort de sa mère, infirmière et sage-femme, perçue comme une sainte, il a élevé seul ses deux fils, leur inculquant des valeurs de travail et de modestie. L’auteur de Penny Lane n’a jamais oublié d’où il venait : un quartier populaire de Liverpool, ville ouvrière et portuaire, avec laquelle il n’a jamais coupé les ponts. « On y trouve cette aptitude à rire de tout, surtout des choses dures», expliquait-il dans un entretien à Télérama. En 2018, il y est revenu par surprise avec James Corden pour un Carpool Karaoke devenu viral (plus de 75 millions de vues sur YouTube). C’est aussi là qu’il a choisi d’ancrer son engagement éducatif, en cofondant le Liverpool Institute for Performing Arts, école dédiée aux arts de la scène. L’idée lui est venue en 1992, lors d’une tournée, en découvrant avec tristesse l’état de délabrement de son ancien établissement, le Liverpool Institute for Boys.

« Le végétarisme règle tellement de choses d’un seul coup »

— Paul McCartney
Avec sa femme Linda, qui fut déterminante dans son choix de militer pour le traitement éthique des animaux → © Vegetarian Society UK Digital Archives / The Vegetarian, février 1992paul mc poules
Avec sa femme Linda, qui fut déterminante dans son choix de militer pour le traitement éthique des animaux – © Vegetarian Society UK Digital Archives / The Vegetarian, février 1992

Paul et Linda McCartney entourés de leurs filles Heather (debout) , Stella et Mary, en 1976. – © David Montgomery/Getty Images

Ce qui est sûr c’est que Paul McCartney est l’apôtre d’une certaine frugalité. Philip Norman s’amuse de la réputation d’avarice qui l’entoure. « Quand il était jeune, il ne dépensait rien, ni en habits, ni en quoi que ce soit. Ses épouses ont eu certainement une influence sur lui », confirme le biographe(2), qui concède qu’il a changé au fil des années. « Un jour, rapporte-t-il, je l’ai entendu engueuler sa benjamine, Stella, parce qu’elle avait trop rapidement dépensé son argent de poche et lui demandait une rallonge. “Tu crois que je roule sur l’or ?” Et elle de répondre du tac au tac : “Eh bien, à vrai dire, Paul, oui !” » De ses enfants, il a voulu faire des gens normaux, pas des petits princes. Il a ainsi mis un point d’honneur à les envoyer à l’école publique. Cette volonté de normalité n’est pas feinte : elle prolonge les valeurs modestes dans lesquelles il a grandi. « Aujourd’hui, je me rends compte de la chance que j’ai eue de naître parmi des personnes bonnes, honnêtes et gentilles, a-t-il avoué un jour(3). On n’était pas riches, personne n’avait le moindre sou, mais c’était presque un avantage, car ils devaient tout faire par eux-mêmes. » Son père avait quitté l’école à 14 ans, il lui a cependant transmis le goût Depuis son ouverture en 1996, l’institut qu’il soutient activement, grâce à son impressionnant carnet d’adresses (Stephen Fry, Bill Nighy, Mark Ronson…), a prospéré et délivre un diplôme universitaire reconnu dans le monde entier. De l’éducation à la scène mondiale, Sir Paul McCartney défend la même conviction : la culture peut transformer les consciences. « Personne ne doit oublier que les chansons et leurs paroles, particulièrement pendant les périodes sombres et troublées, peuvent susciter une prise de conscience, pousser à réagir, et même provoquer un changement social », écrivait-il récemment sur son compte Instagram. C’est cette conviction qui fait le lien entre le jeune compositeur de Yesterday et l’octogénaire qui plaide aujourd’hui pour encadrer l’intelligence artificielle. Contrairement à beaucoup d’artistes, il continue d’utiliser la voix qui a changé la musique pour défendre une idée simple : celle d’un mondun peu plus vivable.

(1) Wings: The Story of a Band on the Run, Paul McCartney, Penguin Press ; Man on the Run, le 25/02/2026, Prime Video

(2) Paul McCartney, Robert Laffont/Points, 2016

(3) Very Good Trip Paul McCartney, Michka Assayas. France Inter, 2023

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Notre reportage consacré à l’exposition de photographies de Paul McCartney Eyes of the Storm, au musée Granet d’Aix-en-Provence, qui dévoile une autre facette de l’artiste, cette fois-ci derrière l’objectif.

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