Les nouvelles séances du mythique Saint Germain des Prés

C’est comme un film culte qu’on revoit des années plus tard. Après une longue période de fermeture, le cinéma Saint-Germain-des-Prés, ouvert pour la première fois en mars 1969, renaît enfin de ses cendres, au terme d’un projet mené avec passion et beaucoup de talent. Un lieu rénové qui a cependant gardé l’âme et le charme d’antan. Nous sommes allés voir une séance.

Guichet du cinéma © Matteo Verzini

C’est comme un film culte qu’on revoit des années plus tard. Après une longue période…

D’abord cabaret, puis cinéma et salle privative, le local du 22, rue Saint-Guillaume a eu plusieurs vies. Il est probable que celle qui l’a le plus marqué fut sa fonction de salle de cinéma. Sa première projection en 1969 annonce la couleur : à l’occasion de son ouverture, est présenté en exclusivité le film Z de Costa-Gavras. Suivront sur l’écran unique du lieu des centaines de bijoux de cinéma, imposant cette salle indépendante comme l’une des plus prisées de la capitale, avant qu’elle ne soit rachetée et ne devienne un espace de projection privée. Fermée au public pendant près d’une décennie, le Saint Germain des Prés redevient un espace public cette année après presque six mois de travaux, sous la présidence d’Éric Lenoir et avec la maison Chanel comme mécène.

Alors, presque soixante ans plus tard, qu’est devenue la salle emblématique de la Nouvelle Vague ? Nous sommes aller visiter et voir une séance.

Un cinéma ancré dans son quartier

S’il y a bien une chose qui n’a pas changé, c’est l’emplacement. Né ici, le cinéma y restera. Car plus qu’un décor, c’est son essence qu’il puise dans le mythique quartier de Saint-Germain-des-Prés. Jadis un repaire d’intellectuels qui venaient voir quelques séances entre deux cafés et discussions endiablées aux Deux Magots, au Café de Flore ou au Bonaparte, le cinéma a, depuis sa réouverture, déjà conquis sa clientèle de proximité. Ce lien se lit en toutes lettres sur son enseigne.

« Ce cinéma ne peut exister qu’à Saint-Germain-des-Prés, il est tellement assimilé à son quartier que pour nous, le clin d’œil dans le nom était une évidence », confie Mathilde Lamour, directrice de la salle.  

« Ce quartier n’est pas un territoire comme les autres : on n’y vient jamais par hasard, mais pour ce qu’il incarne — la culture, une certaine idée de l’art de vivre. Il concentre d’ailleurs une densité de salles de cinéma sans équivalent au monde, comme une promesse faite aux regards curieux »

Fabrizio Casiraghi, architecte du Saint Germain des Prés
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Salle unique du cinéma © Matteo Vernizi 

Rénover sans perdre son identité

Entre nostalgie et renouveau, la salle a été repensée par l’architecte Fabrizio Casiraghi, tout en respectant l’ambiance imaginée par son prédécesseur, Bernard Ceyssac.

« J’ai imaginé un cinéma qui donnerait le sentiment d’avoir toujours existé, comme si le temps s’y était délicatement suspendu depuis les années 1960 », explique Casiraghi.

En entrant, on est accueilli par un guichet vintage qui affirme une identité singulière. Au contraire des grandes chaînes, ce petit cinéma de quartier se veut chaleureux.

« Pendant trop longtemps, les salles ont été conçues comme des lieux froids, standardisés, peu hospitaliers. Ici, tout procède d’une intention inverse : faire en sorte que chacun s’y sente immédiatement accueilli, presque attendu »

Fabrizio Casiraghi, architecte du Saint Germain des Prés
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Escaliers menant à la salle © Matteo Vernizi 

Pour rejoindre la salle, on passe par un escalier qui continue d’appeler notre regard, habillé de paille tressée et de lithographies d’Aristide Maillol, Jean Cocteau et Pablo Picasso. Enfin, on débouche sur la salle, où le temps se fige lorsqu’on s’assoit sur des moelleux sièges bleus.

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Sièges de la salle de cinéma © Ludivine Boizard 

Le cœur du réacteur : la programmation

Très bien, on sait comment s’y rendre, mais qu’y voit-on ? Un peu de tout ce qui est de bon goût : des classiques, des pépites, des films décalés.

Salle unique de cinéma d’art et essai, le Saint Germain des Près fait le choix, faute de multiplier les écrans, de sélectionner au peigne fin. Mathilde Lamour n’hésite pas à défendre des films discrets comme My Summer with Irene, de Carlo Sironi (2024), qu’elle fut la seule à programmer dans tout le pays avant qu’il ne soit repris ailleurs.

Il n’y a pas de public cible, simplement une multitude de films qui parlent à tous les curieux. Du long-métrage Eruption, de Pete Ohs (2025-2026), porté par la pop star Charlie XCX, aux classiques comme La Piscine, de Jacques Deray (1969), Mort sur le Nil, de John Guillermin (1978), ou L’Eté meurtrier, de Jean Becker (1983), qui partagent l’affiche à l’occasion d’un cycle de projections estival « Meurtres au Soleil », la salle assume une sélection variée qui ne laissera personne en reste.

L’expérience ne s’arrête pas quand surgit le générique de fin : le Saint Germain des Prés est adepte des événements, avant-premières, rencontres avec réalisateurs et journalistes, ciné-clubs, dont plusieurs sont annoncés à la rentrée. Parler du film avant et après est leur spécialité. 

Et pour les plus chanceux, la soirée se poursuit derrière l’écran, au bar du speakeasy dévoilé.

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Bar niché derrière l’écran © Matteo Vernizi 

Cet espace de réception et de rencontre sera bientôt accessible au public, nous confie Mathilde Lamour : « A la rentrée, on va l’ouvrir au public pour créer de vrais moments de convivialité après les séances. La salle l’est déjà beaucoup, mais ce prolongement a quelque chose d’unique : on dirait presque un appartement, on a l’impression de discuter chez quelqu’un. C’est très théâtral : une petite scène où tout le monde se retrouve après la projection. »

Cinéma Le Saint Germain des Près
Adresse : 22, rue Saint-Guillaume, 75007 Paris

Tarifs :
Classique : 11 €, réduit : 9 €, moins de 26 ans : 8,50 €, moins de 15 ans : 5€

Site web : ici 
Instagram : 
ici 

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