Sir Elton John a aussi bon goût en musique qu’en photographie. Avec son mari, le cinéaste canadien David Furnish, le célèbre auteur-compositeur et interprète a bâti un fonds impressionnant de plus de 7000 photographies. Parmi elles, 300 sont exposées au musée du Jeu de Paume jusqu’au 27 septembre. Des images des années 1950 jusqu’à aujourd’hui, sous le nom de «Fragile Beauté».
Le beau vu par deux hommes
Organisée de façon thématique, l’exposition nous transporte à travers le regard d’Elton John et David Furnish, et nous propose une lecture du monde à travers le beau. Ce beau traqué dans les photographies est pluriel. C’est le portrait d’un amant dans sa baignoire. C’est le début du scrapbooking, avec des photos de mode monochromes et retouchées. Un trompettiste qui pose comme un athlète. Un dîner de deux femmes atablées au comptoir d’un restaurant qui partagent une même nationalité, mais pas les mêmes droits. Et c’est aussi l’universellement beau : Marilyn Monroe et Paris.

© Eve Arnold
Mode, corps, célébrités et société
Il semblerait que les collectionneurs aient été particulièrement sensibles à ces trois partitions. D’un côté, la mode a été un refuge, un moyen d’expression, une porte d’entrée pour réaliser des fantasmes farfelus. D’un autre, le corps masculin nous est présenté comme un objet à la fois sensuel et politique, revendiquant une identité et un désir alors réprimé. Quant à la célébrité, elle est discrète, mais agit comme fil rouge, plus dur à représenter : on y voit des visages que l’on reconnaît, une vie festive et des appareils photos.
Ce voyage onirique entre strass et paillettes a aussi un revers : celui de l’addiction, de la violence, du désespoir, très bien capturés par la capsule signée Nan Goldin. Au milieu de l’exposition, on entre dans une installation où l’on peut regarder les 149 photographies qui constituent la série Thanksgiving de la photographe. La fête états-unienne représente un moment de réunion, d’excès, et dresse un portrait de la famille que l’on choisit. La fête, ici, est excessive, puissante, violente, – peut-être un beau moyen de résister.

Cependant, malgré l’importance des projecteurs ou du monde de la mode, les deux hommes n’ont pas cessé d’essayer de comprendre l’époque et de voir ses failles, ses défauts et sa cruauté. La dernière partie de l’exposition, consacrée au photojournalisme, est peut-être la plus poignante : elle tranche par son désabusement. Elle vient asséner, sur du papier journal, « the worst is yet to come », et retentit comme un gong qui nous rappelle de voir le monde tel qu’il est et de protéger sa fragilité. Ici, on ne cherche pas la beauté dans un vêtement, une ville ou une couleur ; ici, la beauté, c’est la révolte, l’espoir et le vivre-ensemble comme horizon vers lequel tendre.

© Ruth-Marion Baruch and Pirkle Jones Photographs
En pratique :
Exposition « FRAGILE BEAUTÉ, Photographies de la collection de Sir Elton John et David Furnish », 1, place de la Concorde, Jardin des Tuileries, 75001 Paris. Jusqu’au 27 septembre 2026.
Plein tarif : 14 euros – Gratuit pour les étudiants le dernier mardi du mois.
Site web : Jeudepaume
Instagram : @jeudepaumeparis





