Art Paris, entre mémoire et création

Du 9 au 12 avril, la 28e édition d’Art Paris prend à nouveau place sous la nef historique baignée de lumière du Grand Palais. Quelques 165 galeries françaises et internationales y présentent leur sélection d’artistes, réunis autour de sujets forts d’actualité et de récits contemporains. Pour la deuxième année consécutive, BEAU Magazine est partenaire de cet événement.

Art Paris au Grand Palais, édition 2025 © Marc Domage

Du 9 au 12 avril, la 28e édition d’Art Paris prend à nouveau place sous la nef historique baignée de lumière du Grand Palais. Quelques 165 galeries françaises et internationales y présentent leur sélection d’artistes, réunis autour de sujets forts d’actualité et de récits contemporains. Pour la deuxième année consécutive, BEAU Magazine est partenaire de cet événement.

Elles sont venues du monde entier. De France, bien sûr – Paris, Montpellier, Lille, Marseille… Mais aussi de Séoul, de Santiago, de Beyrouth, de Casablanca, de Milan, de Miami, de Londres, de Zurich ou de Sydney… Pendant les cinq jours de la foire, quelques 165 galeries s’installent sous la nef et sur les balcons du premier étage du Grand Palais. Elles font (re)découvrir aux visiteurs et aux collectionneurs leurs coups de cœur – des grands noms de l’art et des pépites émergeantes. « Ce qui distingue notre foire des autres, c’est la place qu’elle accorde aux projets pensés exclusivement pour elle et réalisés dans un esprit curatorial, explique Guillaume Piens, le commissaire général. On y voit des accrochages qui prennent le temps d’articuler des œuvres de manière cohérente, de créer des rapprochements entre artistes, souvent entre modernité́ et contemporain – ce qui correspond assez bien à une certaine tradition parisienne, moins segmentée… »

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1. « Trees-apocalypse », Abdelkader Benchamma © Templon
2. « Jour de Fête », Yasmine Hadni © AA Gallery
Soutenir la scène de l’Hexagone (60% des exposants viennent de Paris et des régions françaises) tout en s’ouvrant encore plus à l’international pour mieux faire dialoguer les artistes, créer des liens et des synergies : tel est le pari de l’édition 2026, dans un marché en crise et une situation géopolitique de plus en plus compliquée et difficile. « Le marché de l’art est nettement ralenti et rationalisé, confie Guillaume Piens. Les collectionneurs sont plus attentifs, plus sélectifs, et recherchent des œuvres qui s’inscrivent dans des parcours solides plutôt que dans des logiques opportunistes. Art Paris accompagne ce mouvement en restant une foire où coexistent des artistes établis et des scènes émergentes, avec une attention portée à des niveaux de prix encore accessibles. »

Un dialogue entre langage et reconstruction

Au cœur de cette 28e édition, deux focus : Babel – Art et langage en France et La Réparation. Des thématiques qui, même si elles partent de registres différents, se répondent et trouvent écho l’une dans l’autre. « Ce qui nous intéressait, c’était précisément de faire dialoguer ces deux dimensions, continue le commissaire général. D’un côté́, la question du langage – c’est-à-dire de ce qui permet de nommer, de transmettre, de produire du sens ; de l’autre, celle de la réparation, qui suppose justement de recomposer ce qui a été fragmenté ou rendu illisible… »

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Parcours Babel
1. « Ligne espace-temps n°7 », Fabienne Verdier © Mala Gallery
2. « La signature! Où ça la signature ? », Ernest T. © Galerie Semiose
Entièrement consacré à la scène française, le parcours Babel trouve son inspiration dans le mythe de la tour de Babel, qui a marqué un monde traversé par la diversité́ et la multiplicité des langues. Des toutes premières traces picturales préhistoriques aux écritures numériques d’aujourd’hui, l’art et le langage entretiennent une relation profonde. Babel s’intéresse à la manière de travailler aujourd’hui les systèmes de signes (de la lettre au texte, du symbole à l’image) ou les questions de traduction comme matières plastiques, narratives ou espaces d’expérimentation. « À travers des créations qui oscillent entre la figuration et l’abstraction, ce parcours est une invitation à repenser aux symboles et à la manière dont, collectivement et individuellement, nous construisons et déchiffrons la réalité́ qui nous entoure », explique son concepteur Loïc Le Gall, directeur de Passerelle Centre d’art contemporain à Brest depuis 2019, historien de l’art et commissaire d’exposition. Un projet curatorial qui réunit 20 artistes dont les pratiques interrogent la place du langage dans l’art.
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Parcours La Réparation
1. « This too is an American Story », Ruddy Roye © Galerie Polaris
2. « Resonance Painting (Swim Until You Can’t See Land) », Oliver Beer © Almine Rech
Le deuxième focus, La Réparation, a été confié à Alexia Fabre, directrice délégué́e du Centre Pompidou francilien à Massy et conservatrice du patrimoine ayant conduit le projet du musée d’art contemporain MAC VAL. La Réparation aborde des enjeux liés aux fractures du monde contemporain – qu’elles soient historiques, politiques ou sociales. « Comment réparer les silences de l’histoire, les drames personnels ou collectifs dans la matière par l’image ? Les traces de cette réparation font-elles œuvre ? Jusqu’à quel point un objet, un sujet, un être, sont-ils réparables ? », s’interroge Alexia Fabre. Les artistes travaillent sur la mémoire, le soin, la reconstruction, à partir de situations souvent marquées par des ruptures ou des tensions, blessures, violences sociales ou déséquilibres écologiques. La réparation s’inscrit dans une histoire marquée par une faille et tente d’en recomposer les fragments. Loin d’effacer le passé, elle aspire à réunir ce que le temps ou la violence ont dispersé afin de recomposer un présent et un futur. Réparer ne signifie pas seulement restaurer : c’est aussi un acte de création, qui aboutit en des nouvelles formes de sens. Un principe de recomposition du monde.

« Les collectionneurs sont plus attentifs, plus sélectifs, et recherchent des œuvres qui s’inscrivent dans des parcours solides plutôt que dans des logiques opportunistes»

Guillaume Piens, commissaire général d’Art Paris
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1. Parcours Babel : « Argument XXVII », Jean Dubuffet © Galerie Jeanne Bucher Jaeger
2. Parcours La Réparation : « Les généalogiques, Le pensionnat », Anaïs Boudot © Galerie Binome

Une foire pluridisciplinaire

Pour explorer encore plus cette richesse de la scène contemporaine, Art Paris dédie encore cette année une partie de sa programmation à la jeune création. Ainsi, au premier étage de la nef, les balcons sud accueillent le secteur « Promesses » avec 27 galeries de moins de dix ans d’existence, dont près de la moitié participent pour la première fois. La sélection a été confiée à Marc Donnadieu, commissaire d’exposition indépendant et membre du comité́ d’Art Paris. Un espace pensé comme un laboratoire d’expérimentation et de découverte des talents de la scène artistique émergeante.

Quant aux balcons nord, ils accueillent pour la deuxième année consécutive la French Design Art Edition. Sous la direction de Jean-Paul Bath et Sandy Saad, commissaires d’expositions et dirigeants de l’association Le FRENCH DESIGN, ce secteur réunit designers, architectes d’intérieur et éditeurs autour de pièces contemporaines, souvent uniques ou en édition limitée. Parmi les 18 exposants, Andrée Putman Studio (Paris), Reda Amalou Design, India Mahdavi, Pierre Bonnefille, Galerie Zebres, Diana Ghandour Studio…

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1. Canapé SCARF 340, Franck Genser © Atelier Franck Genser
2. « DO YOU HAVE ONE », India Mahdavi © India Mahdavi

Des plateformes thématiques, 24 expositions monographiques disséminées dans la foire, tables rondes et conférences, ainsi qu’un programme VIP hors les murs de 35 rendez-vous organisés dans les institutions parisiennes viennent enrichir l’édition 2026. Sans oublier les trois prix majeurs récompensant le travail d’artistes vivants : le Prix BNP Paribas Banque Privée pour la scène française, le Prix Her Art pour les femmes engagées et Le French Design 100 pour les projets qui font rayonner la France à l’international.

En pratique :

Art Paris 2026, du jeudi 9 au dimanche 12 avril.

Vernissage (sur invitation), le mercredi 8 avril, de 11 heures à 21 heures.

Grand Palais, 7 avenue Winston-Churchill, 75008 Paris.

Site web : artparis.com

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